I/  LE DEVOIR COMME COHERENCE ET RECIPROQUE DU DROIT

 

 

 

Nous avons d’abord des devoirs parce que nous jouissons d’un certain nombre de droits, la seule cohérence nous oblige  « Au fond droits et devoirs sont termes identiques, puisqu’ils sont toujours l’expression du respect, exigible ou dû, exigible parce qu’il est dû, dû parce qu’il est exigible » Proudhon De la justice dans la révolution et dans l’église »

 

C’est par exemple parce que j’ai le droit de m’exprimer que j’ai le devoir de respecter le droit qu’à l’autre de le faire.
On voit qu’une telle conception repose sur une égalité de principe de tous, et qu’il faut une arrogance certaine pour demander plus que ce qui nous est dû, ce qui n’aurait pas un devoir comme réciproque. TEXTE 1

 

 

 

En fonction de cette mécanique il n’y a pas de lien ente devoir et moralité, il n’y a que cohérence, et c’est pour cela que même un peuple de démons (méchants mais raisonnables)  comme le dit Kant, pourrait vivre correctement sous une législation intelligente. Chacun comprendrait que s’il veut des droits il faut qu’il respecte ceux des autres, tel est son devoir. TEXTE 2

 

 

 

Problème, n’a-t-on de devoir qu’en fonction de nos droits, n’est-ce pas une définition bien réduite celle qui considère que je peux être un « homme de devoir » si je ne suis qu’un démon raisonnable ?

 

Si mon devoir excède cette simple réciprocité du droit, sur quoi le fonder ?

 

 

 

II/  CE QUI POURRAIT FAIRE DE QUELQU’UN UN HOMME DE DEVOIR

 

 

 

- Justement pas le seul respect extérieur du devoir.

 

Kant distingue l’action fait conformément au devoir et l’action faite par devoir : la première est extérieurement considérée comme bonne, mais elle peut avoir été par pur intérêt. Je peux par exemple payer mes impôts par peur du percepteur, demander le juste prix à un client pour qu’il revienne, voire même me montrer généreux pour me sentir puissant, ou espérer aller au paradis, tout cela ne fait pas de moi un homme de devoir. "Il ne suffit pas de faire le bien, encore faut-il le faire pour le seul motif que c'est le bien". Critique de la faculté de juger §53 TEXTE 3

 

 

 

- Un homme de devoir agit donc par devoir

 

Qu’est-ce qui va m’indiquer ce devoir ?

 

Ce ne peut être quelque but concret, quelque objectif parce qu’on a vu que toute action concrète pouvait être faite autrement que par devoir.

 

Il faut donc qu’avant d’agir, l’homme se représente le principe en fonction duquel il agit et lui donne une valeur. Et la seule chose qui puisse vraiment donner une valeur à un principe humain, c’est que tout humain puisse le trouver valable, que l’on puisse le défendre devant tout homme.

 

Voilà pourquoi la loi, dont l’observance pourrait être considérée comme forgeant le devoir,  pourrait se formuler comme l’examen d’une universalisation possible du principe d’action.

 

« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien en toi même que dans la personne d'autrui, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen." Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs. Section 2 §49

 

 

 

- La rationalité du devoir

 

On voit que tout principe d’action qui résiste à son universalisation n’est pas valable, il est par exemple incohérent de faire une promesse sans intention de la tenir, parce que si tout le monde faisait comme moi, la promesse elle-même disparaîtrait.

 

" Les concepts moraux ont leur source et leur siège dans la raison." ibid. Section.2 §10

 

 

 

 

 

 

 

III LES SOUPCONS SUR LE DEVOIR

 

A) Soupçon généalogique

 

Lorsque même je crois que mon observance du devoir est due à la clarté de ma raison, n’y a

 

-t-il pas une fidélité plus grande à autre chose ? Ne suis-je pas en train de donner une teinte rationnelle à un conditionnement. C’est ce soupçon qu’inaugure Nietzsche et que poursuit Freud  TEXTE 4

 

 

 

B) Une difficulté maintenue

 

Que nous voulions agir par devoir, ne nous dit pas véritablement où est notre devoir. Nous savons certes où il n’est pas, nous savons qu’un égoïste ou un cupide n’est pas un homme de devoir, mais la réalité humaine est inévitablement amenée à des dilemmes et des conflits quand bien même la volonté serait bonne. Dans les situations difficiles, nous sommes plus souvent confrontés à des choix entre deux options également insatisfaisantes, ou même à deux possibilités neutres qui ne nous indiquent en rien où est notre devoir. Voilà pourquoi nous sommes souvent dans l’angoisse, parce que notre devoir n’est pas souvent clair, quand bien même nous serions de bonne volonté.

 

TEXTE 5