LA RELIGION

 

LA RELIGION

 

 

 

Religion non élément dont on doit préciser le sens et donc l'existence est problématique

 

( comme justice ) la religion est un fait, et tout d’abord un fait anthropologique dont un des premiers caractère serait la diversité.  Dans cette mesure on parlerait davantage des religions que de la religion.

 

  Tout examen du fait religieux devrait donc commencer par une enquête anthropologique pour déterminer des caractères commun qui permettrait de déterminer un fait comme religieux. Ceci en prenant garde d’éviter l’erreur la plus courante dans l’examen de ce thème : La réduction du religieux à ce qui nous en est familier, l’opinion ayant tendance à confondre les pratiques et les interdits de sa religion comme déterminant les caractère de toute religion.

 

  Interrogation sur ses différents aspects

 

Que signifie l'attitude religieuse, quels sont ces composants.

 

Ce dont est composé le religieux: le rite et le sens du rite.

 

  Recours étymologique: Religare = relier

 

Relegere = respecter   Les nuances du respect: crainte mystère fascination

 

 

 

 

 

I LES ASPECTS DU RELIGIEUX.

 

  

A) Le respect

 

  Danger de ramener un phénomène à sa seule origine historique mais aide de l'étymologie 

Vient de relegere qui signifie prendre soin, respecter. 

Cependant : Respect au sens moderne: reconnaissance rationnelle de la valeur d'un être ou d'une chose alors que le respect au sens religieux primordial: ce qu'on tient en respect, ce dont on est proche et a distance = un sentiment

 

 

 

             1) Description du sentiment

 

Au temps primordial, homme isolé, incapable de comprendre les forces de la nature, sentiment de crainte mais aussi par la présence d'ombres, l'éveil de l'imagination, sentiment du mystère qui se cache, attraction pour ce mystère.

 

  Sentiment ambivalent qui caractérise la mise en présence du mystère: La crainte et la fascination

 

L'objet du sentiment religieux « constitue a la fois la suprême tentation et le plus grand des périls. Terrible, il commande la prudence; désirable, il invite en même temps a l'audace. » Caillois: l'homme et le sacré   

 

            2) Objet du respect ( ce qu'on respecte )  

 

A première vue : Dieu. mais difficulté: n'a pas du tout un sens universel. 

Une puissance mystérieuse dans un premier temps: le sacré. 

Mais surtout une frontière: la frontière entre le profane et le sacré. 

Le crime religieux par excellence est le non respect de cette frontière:

 

 

 

- L'usage profane du sacré ( manger un hostie en disant " j'ai faim " )

 

- L'usage sacré du profane ( bénir un corps avec un écumoire )  

 

Là où le religieux pend son sens c'est qu'il ne constitue pas seulement un mise en respect fascinée du mystérieux, mais aussi l'assurance d'un lien entre le profane et le sacré.

 

 

 

Ce qui assure ce lien: le rite.

 

 

 

 B) le rite

 

 

Le rite excède le simplement religieux, ou plutôt des rites modernes sont des survivances de rites cf. les rites militaires d'initiation «  les réjouissances qui accompagnent la nouvelle année ou l'installation dans une maison neuve présentent laïcisé, la structure d'un rituel de renouvellement. » Mircéa Eliade: le sacré et le profane

 

 

 

2 aspects: Le magique et le religieux. 

Cependant dans le rite purement en relation avec le sacré 2 types de lien:   

 

- Le lien magique 

- le lien religieux.  

 

            Etude du magique: se servir du sacré à des fins profanes  

 

2 crédos   L’action sur le symbole de la chose est une action sur la chose (cf. vaudous et peur de briser miroirs ou de photos) et  Il peut y avoir un résultat sans travail. Fondamentalement le lien religieux est inverse du lien magique. 

 

Le lien religieux constitue un mouvement du profane vers le sacré: une " action de grâce ". A l'inverse le lien magique constitue une intrusion du sacré dans le profane, une technique pour faire en sorte d'imposer une action profane au sacré.  

 

- La frontière est claire dans les religions archaïques: le prêtre lorsqu'il officie en tant que sorcier, lorsqu'il demande une intervention du sacré, officie dans le sens inverse.

 

  - Dans les religions modernes la confusion est plus grande, risque pour le religieux de dégénérer en magique. Une mère qui prie pour son enfant ou le malade qui va à Lourdes pratiquent une forme de magie. => Reserve de la part des églises à l’égard des miracles ou du surnaturel et du paranormal

 

 

 

 

 

            C) Aspect social du religieux

 

 

 

1) La gestion de la violence 

 

Fonction intégratrice du religieux 

- Permet de distinguer la secte de la religion: critère observable (contre critère subjectif de " l'épanouissement de la personne ») 

- La présence de hiérarchie. Différence entre catholicisme et orthodoxie ( église autocéphale) ou protestantisme et islam. 

 

 

 

2) le pur et l'impur  

 

Notion aussi complexe ne se limite pas au correct incorrect Le pur et l'impur est un vecteur d'organisation social et de direction du comportement. 

- Il règle par exemple les problèmes de consanguinité par la double structure des totems et des tabous (une relation sexuelle avec une femme appartenant au même totem est tabou = entraîne l'impureté de celui qui transgresse) fondateur de l’interdit de l’inceste. 

- Il structure la société sur le plan juridique: un criminel devra se livrer à des rites de purification Surtout première solution inventée au problème de la violence : le sacrifice 

- Il impose des règles d'hygiène: Interdiction de manger certaines viandes.

Prescriptions non statiques, un acte peut être impur ou pur en fonction de certains " calendriers " (carême ramadan ).  

 

En approfondissant les rites on s'aperçoit donc que la religion n'est pas seulement un discours sur le mystérieux, elle a une fonction sociale, ce que confirme son ascendant sur le comportement.2 aspects du commandement  

 

Interdit ou prescription.

 

  La plus archaïque forme de commandement religieux: le totem et le tabou du domaine de la magie, pas de la religion.

 

  - Pas dans le domaine de la stricte obéissance: l'obéissance sans la compréhension est de la soumission. Danger énorme: obéir sans se demander si cela est bon ou non est le fondement du fanatisme et des crimes religieux. 

 

 

 

3) les difficultés de la laïcité   

 

- Toute religion présente la tentation de vouloir s’immiscer dans la vie civile et la régir comme elle le faisait à son origine. La laïcité est cette organisation rationnelle du rapport entre la société et les religions qu'elle abrite. 

-"  les laïcités ont toutes en commun le fait d’articuler, de façon plus ou moins harmonieuse, quatre principes. Deux portent sur les finalités : la garantie de la liberté de conscience, l’égalité et la non-discrimination. Deux concernent les moyens : la séparation du politique et du religieux, la neutralité de l’État à l’égard des diverses croyances. Le terme de laïcité est donc irremplaçable, (…) parce que seul il est capable de rassembler ces quatre éléments. " Jean Baubérot, Micheline Milot, Laïcités sans frontières, Seuil.

 

- Chaque religion représente une organisation du lien social, comme chacune  représente également un danger social. Jaques Dariulat parle des différents dangers liés aux religions  monothéistes : "le judaïsme est menacé par le narcissisme aveugle (...), le christianisme par le despotisme comme humiliation nécessaire de la vanité humaine (..), l'Islam par le conformisme et le respect méticuleux des hiérarchies, ou par le vertige et l'extase qui transportent dans l'infini, et réduisent à néant toute valeur simplement terrestre".    http://www.jdarriulat.net/Essais/ReligionsLivre.html

 

- Il faut alors constamment rappeler aux religieux la distance entre origine et fondement. Que les religions soient à l'origine des organisations sociales, cela est un fait. Elles ne peuvent plus en être au fondement sans verser dans la tyrannie.   https://www.youtube.com/watch?v=43oXIkHj_LA

 

 

 

 

 

D) La transformation du religieux

 

  - Intervient lorsque prise de distance avec le mythe. 

Lorsque ce qui était objet d'une pure émotion devient objet de pensée, ce qui distingue la le divin du sacré. Importance radicale de ce passage: 

- L'objet de la pensé prend ses dimensions et les religions deviennent catholiques, i.e.universelles, ce qui pose des problèmes, chaque religion ayant une conception de Dieu valable pour tous les conflits sont prévisibles.  Auparavant les religions étaient particulière à un peuple, et chacun trouvait normal que l'autre ait un Dieu différent ( cf. la tolérance religieuse à Rome ). 

- Naissance également du prosélytisme: puisque l'on a une idée universelle de Dieu, il va falloir convaincre de sa validité, ou l'imposer par tous les moyens. 

Une seule religion universelle non prosélyte: le judaïsme.  

Rôle ambivalent de la pensée pour le divin : 

- La raison permet de conforter la foi, d’où le travail des pères de l’église, St Augustin ou St Thomas. On peut même dire que l’idée d’un dieu unique correspond aux exigences de la raison. Cf. le passage des religions polythéistes au monothéisme. Dès qu'une religion se pense, elle abandonne le simple sentiment pour recourir au divin. Zeus ou Jupiter, avaient chez Cléanthe ou Epictète et avant le christianisme, les traits qu'un chrétien ne renierait pas pour son dieu. Cela parce que la raison est une exigence de compréhension totalisante, et que Dieu, au sens propre « comprend » tout  

 

Le simple sentiment du sacré ne permet pas l'accès au divin  

 

- Inversement la réduction de Dieu à une simple entité intellectuelle brise la foi du croyant: Attention au Dieu simple objet de pensée « Le Dieu des Chrétiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de l'ordre des éléments; c'est la part des païens et des épicuriens.  Il ne consiste pas seulement en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suite d'années à ceux qui l'adorent; c'est la portion des juifs.  Mais le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu des Chrétiens, est un Dieu d'amour et de consolation, c'est un Dieu qui remplit l'âme et le coeur de ceux qu'il possède, c'est un Dieu qui leur fait sentir  intérieurement leur misère, et sa miséricorde infinie, qui s'unit au fond de leur âme; qui la remplit d'humilité, de joie, de confiance, d'amour. » Pascal pensées 556 

 

=> Un autre sentiment du sacré fondateur de la foi: Non plus la terreur fasciné devant le mystère de la nature mais la prise de conscience intellectuelle de la fragilité de l'existence: - - Autre danger: La pensée qui mène au Divin pourrait également s'interroger sur la validité de la pensée de l'existence Dieu, confronter Dieu à la pensée

 

 

 

II LA QUESTION DE L'EXISTENCE DE DIEU

 

   

 

INTRODUCTION Cette question ne prend place que dans le cadre d’une religiosité pensée et qui attribue l’ensemble de la réalité à un créateur déterminé doué d’une intelligence et d’une volonté.

 

  

A) L’approche indirecte

 

  

Etude du discours que tiennent chaque tenant d’une position sur celui qui tient une position différente.

 

 

1) Les causes de l'incroyance:

 

  

- Le matérialisme ( dans le sens de consumérisme)

 

- L'orgueil : http://www.1001nuits.org/index.php?title=L%27ath%C3%A9isme_est_une_forme_d%27orgueil

 

La plus  sérieuse: la désinvolture, le fait de ne pas s'interroger sur le sens de l'existence, en se plongeant dans le divertissement." Voilà mon état plein de faiblesse et d'incertitude. Et de tout cela je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m'arriver (...) Qui souhaiterait d'avoir pour ami un homme qui discourt de cette manière ? " Pensées 194

 

Cependant le résultat d'une prise de conscience n'est pas obligatoirement la croyance.  

 

2) Les causes de la croyance

 

 

2 grand axes : Psychologiques et sociologiques:

 

  

Socio économique. Possibilité d'expliquer les idées par leur référence à une réalité matérielle. " Le mode de production de la vie conditionne le processus d'ensemble de la vie sociale, politique et spirituelle. " Marx " Contribution à la critique de l'économie politique

 

 - Dans cette optique la réalité économique et sociale que traduit la religion est celle d'une oppression. C'est le moyen idéologique qu'emploie le patronat pour éviter toute révolte, St Paut ne dit-il pas " Vous, esclaves, obéissez à vos maîtres d'ici-bas avec crainte et tremblement, en simplicité de coeur, comme au Christ" Epitre aux Ephésiens, 6, 5-6. 

Mais c'est aussi une consolation et une espérance pour celui qui n'a rien ici-bas. C'est "le soupir de la créature opprimée". Marx Critique de la philosophie du droit de Hegel in sur la religion

 

- Combattre la religion c'est enlever à l'homme ce qui lui permet de supporter l'oppression, non pas pour que l'oppression soit plus dure à supporter mais pour que l'homme se révolte.

" La critique a dépouillé les fleurs des chaînes imaginaires qui les recouvraient, non pour que l'homme porte des chaîne sans fantaisie, désespérantes, mais pour qu'il rejette les chaînes et cueille les fleurs vivantes." ibid.

 

 

 

Psychologiques 

Les caractères de Dieu La sévérité la puissance, le fait qu'il punisse et qu'il récompense, les réactions de l'homme à son égard correspondent point par point à l'influence psychologique d'un autre personnage, réel celui là: le père. 

D'où possibilité de déterminer une origine psychologique de la puissance. Enfant l'homme a quelqu'un qui le protège est lui offre la réalisation de ses désirs : le père. En grandissant l'enfant s'aperçoit que le père n'est pas assez puissant pour le protéger de la dure réalité. Il projette donc dans le ciel un e illusion garante des mêmes valeurs que celles véhiculées par le père, mais capable de le protéger de tout: Le père D'où l'expression de Freud dans l'avenir d'une illusion: " Dieu n'est qu'un père plus puissant "

 

D'où également l'injonction de Freud: " Le stade de l'infantilisme n'est-il pas destiné à être dépassé ?.   

Généalogie historique de la religion et de ses formes parallèlement à l'évolution psychologique: 

- Le petit enfant croit en la possibilité de réaliser directement ses désirs: ( cf. " je compte 1 2 3 et cela va arriver " pensée magique de l'enfant. parallèlement la 1ère pensé religieuse croit en une réalisation magique de ses désirs il suffit de vouloir pour que cela arrive ( cf. les procédés d'imitation des événements naturels pour les provoquer ( dans qui imite le tonnerre pour faire pleuvoir )

 

 

 

- L'enfant plus âgé croit qu'il suffit de demander. Correspond au stade religieux (cf. La prière)

 

- L'adulte sait que le réel est indépendant de ses désirs. Stade technique.

 

  Problème de cette argumentation.

 

Elle n'aborde pas directement le problème discipline interprétative qui ne s'intéresse pas à la validité du propos, élude le problème pour poser celui de son énonciation. Renseigne plus sur l'homme que sur l'existence de Dieu en lui même.  

 

 

 

B/ La question des preuves

 

  1) Les tentatives de preuve rationnelle:

 

  Ces preuves veulent toutes montrer que Dieu serait satisfaisant pour la raison, qu'il serait "logique" qu'il y ait un Dieu, et elles passent de cette nécessité logique, à l'existence réelle de Dieu. Il s'agit de prendre les désirs de la raison, pour des réalités.

 

  - La preuve ontologique St Anselme et Descartes Med. V  

 

Fait de l'existence une perfection, un attribut de Dieu, être souverainement parfait.  

 

Descartes montre par exemple qu'il est aussi absurde de supposer un Dieu qui n'existe pas que d'imaginer un triangle qui n'aurait pas trois côtés. L'existence de Dieu serait donc analytiquement comprise dans sa définition.

 

  Démonstration de la fausseté: L'existence n'est pas une propriété interne à une chose, ce n'est pas un prédicat ni un concept. L'existence se constate, elle ne se déduit pas.  

 

Il est certes contradictoire de penser qu'un triangle n'ait pas trois côtés, mais rien ne m'interdit de penser que le triangle n'existe pas.  

 

- La preuve cosmologique: Prouve Dieu non par lui même mais par ses oeuvres: Formulé par Aristote, Platon (lois, livre X) et Aristote (métaphysique, livre VIII) ". Nous savons qu'il y a mouvement dans le monde; celui qui soit dans le mouvement est déplacé par une autre chose; cette autre chose doit également être déplacée par quelque chose; pour éviter une régression infinie, nous devons poser en principe un " premier moteur, " qui est Dieu. " St Thomas d'Aquin Somme théologique (Q.2 art.3)

 

  Malheureusement revendiquée par des autorités religieuses jusqu'à une période assez récente :  1910, Pie X donne un exemple de cette prétention démesurée et ridicule : « Dieu, dit-il, peut être connu, et par conséquent aussi démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c’est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. »

 

Dieu est cause du monde parce il faut une cause à tout. Bien entendu c'est pour l'homme qu'il faut une cause à tout.  Cela ne fait que reculer le problème : si Dieu peut se causer lui-même alors une cause incausée est possible et le monde peut très bien se passer de Dieu.

 

  Dieu est certes satisfaisant pour la Raison : la raison cherche une cause à tout ce qui lui procurerait le confort d'une explication globale. Dieu constitue l'arrêt de la répétition sans fin du principe de raison. Dieu est le seul moyen de faire taire l'enfant qui répète Pourquoi à chaque réponse qu'on lui donne. C'est ce qui permet de mettre un terme au questionnement, ou comme le dit Spinoza, c'est un "asile de l'ignorance".  Ethique, Livre I, appendice

 

    

 

Critique générale des preuves rationnelles:

 

 Critique Kantienne: Il faut discerner ce que la raison peut connaître et ce qu'elle ne peut connaître. Manifestement les métaphysiciens abusent de la logique et tentent de l'exploiter dans des domaines où cela n'est pas pertinent: 

Comme souvent, l'homme confond ce qui serait satisfaisant pour sa raison et la réalité. Dans le vocabulaire de Kant on peut dire que : il s'agit d'une illusion transcendantale: « La nécessité subjective de concepts en nous passe par une nécessité objective de la détermination des choses en soi." KANT, Critique de la Raison pure, Dialectique Transcendantale, introduction.  

 

- Correspond à ce que  Pascal avait déjà considéré cette impertinence de la raison dans le problème de la croyance en Dieu: " Examinons donc ce point et disons: «Dieu est ou il n'est pas». Mais de quel côté pencherons-nous? La raison n'y peut rien déterminer; il y a un chaos infini qui nous sépare" Pascal pensées 233

 

  De toute façon ces preuves ne concernent pas vraiment la croyance, elles lui sont extérieures: Quand bien même je croirais en un être suprême, garant de mes vérités mathématiques, je ne serais pas vraiment un croyant. C'est pour cela que Pascal rejette le Dieu rationnel des philosophes:

   

 

2) Les preuves par exigence:

 

- L'ordre général du monde, théologie naturelle  

 

  Voltaire: " “L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer – Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger”"

 

  Suppose que le monde est tellement ordonné, qu'il y a une telle complexité qu'elle ne peut s'expliquer que par un esprit suprêmement intelligent. Surtout invoqué en biologie: Le vivant est un mystère, les conditions pour que la vie apparaissent sont tellement nombreuses qu'on peut difficilement penser qu'elles soient dues au hasard.  

 

" Une cellule vivante est composée d’une vingtaine d’acides aminés formant une chaîne compacte. La fonction de ces acides aminés dépend, à son tour, d’environ 2000 enzymes spécifiques.  Les biologistes calculent que la probabilité pour qu’un millier d’enzymes différentes se rapprochent de manière ordonnée jusqu’à former une cellule vivante (au cours d’une évolution de plusieurs milliard d’années) est de 10 puissance mille contre 1."  Cité in Dieu et la science de Jean Guitton. Même chose chez Rousseau : « Et que de sophismes ne faut-il point entasser pour méconnaître l’harmonie des êtres » Emile IV

 

  Même chose en physique, où l'ordre du monde apparaît comme manifeste (surtout avant la mécanique quantique et la relativité restreinte) : "Cet arrangement aussi extraordinaire du Soleil, des planètes, et des comètes, n’a pu avoir pour source que le dessein et la seigneurie d’un être intelligent et puissant" Newton principes de philosophie naturelle 1687

 

 

 

D'abord cet argument est une incompréhension des probabilités : Tout évènement particulier quel qu'il soit suppose une infinité de conditions, cela ne veut pas dire qu'il ne soit pas hasardeux.

 

  Ensuite il est anthropocentrique: Il suppose qu'un ordre qui nous convient est bon en soi. N'y a-t-il pas quelque chose d'un peu absurde dans le spectacle d'êtres humains qui tiennent devant eux un miroir et qui pensent que ce qu'ils y voient est tellement excellent que cela prouve qu'il doit y avoir une Intention cosmique qui, depuis toujours, visait ce but..." (Bertrand Russell / 1872-1970 / Religion et Science / 1957)  

 

- L’ordre particulier ou la régularité inexplicable d’un phénomène : Comment expliquer la régularité de cristaux de neige ou le fait que les spirales d’un nautile suivent exactement une courbe logarithmique ? On a affaire encore ici à une finalité négative : il ne s’agit pas de trouver une fin déterminée à un objet (comme dans l’outil ou la fin détermine la forme), l’esprit se demande comme le hasard a pu produire une telle régularité. C’est une analogie très ancienne que l’on trouve chez Vitruve et Cicéron, que reprend Kant dans le §64 de la Critique de la faculté de juger (analyse approfondie dans un article de Jaques Darriulat) : un voyageur sur la plage, trouvant sur la plage des dessins géométriques penserait forcément que l’île est habitée.

 

Cet argument a quelque force, mais comme Kant le montre lui-même, il s’agit d’une illusion subjective, la confusion entre le sentiment d’une création intelligente et l’attribution d’un phénomène à une volonté :

 

- Contrairement à ce qui se passe pour un outil trouvé, la fin de la régularité d’un cristal de neige par exemple est ignorée, c’est une « finalité sans fin »

 

- Nous connaissons des phénomènes réguliers que nous savons être le pur fruit du hasard : une rose des sables est le produit hasardeux du sable et du vent, la régularité du déploiement d’une onde de choc dans l’eau décrit également un phénomène physique sans besoin de recourir à « l’intelligence d’un créateur »

 

- L’argument inverse la charge de la preuve : il veut démontrer une existence et demande qu’on lui fournisse une explication. Dieu n’est alors, comme le dit Spinoza que « l’asile de l’ignorance ».

 

-  l’adaptation du vivant à son milieu a trouvé un modèle explicatif scientifiquement cohérent avec la théorie de la sélection naturelle. 

Enfin l’argument de la théologie  naturelle se heurte à un élément majeur: le mal.

 

 

 

Or le mal rien ne peut le résoudre, il reste comme une objection majeure et déterminante à l'existence de Dieu. cf. la citation de Stendhal que cite Nietzsche dans Ecce Homo: " la seule excuse de Dieu c'est qu'il n'existe pas."

 

Bien sûr nombre de maux sont imputables à l'homme : les guerres, les famines, la pauvreté. Mais que dire des maladies ? Que penser d'un Dieu qui autorise la souffrance pour mourir d'enfants innocents ? Comment penser que rien de meilleur ou de moins atroce n'ait pu advenir ? Et si on peut imaginer un Dieu meilleur que Dieu, alors il n'est pas. Voilà le raisonnement athée.    "La souffrance des enfants devrait suffire à confondre les avocats de Dieu" dit Marcel Conche, Une orientation philosophique, p. 37  

 

Le mal se vit pour le Chrétien comme un mystère. cf. Job : Confronté au mal injuste, à la souffrance qui touche le juste, il dépasse le principe de récompense et de punition dans ce monde pour parvenir à une confiance gratuite en Dieu.
L'incroyant en revanche considère que le mal est une objection majeure à l'existence de Dieu.  

 

- L'exigence morale:

 

Dieu et un autre monde comme seule possibilité de réaliser comme le dit Kant, l'harmonie entre le bonheur et la moralité impossible dans le monde. Mais dans le cas d'une récompense et d'un peine ou est la morale ?  

 

Plus grave le refus de Dieu au nom de la morale ou de la justice, d'un principe plus haut: c'est ainsi qu'Albert Camus interprète la révolte d'Ivan Karamazov dans L'homme révolté. Ivan affirme que même si Dieu existait, il n'en voudrait pas, que si un seul était damné, il refuserait le salut, et que rien de ce que propose Dieu ne peut compenser la souffrance des innocents. C'est également le propos de Marcel Conche, qui rend Dieu inexcusable, et rend ainsi le problème de son existence superflu.  

 

  CONCLUSION

 

Le fait religieux est inhérent à toute société humaine, il correspond à un sentiment et consiste fondamentalement en une séparation de la réalité en deux structures antithétiques : le profane et le sacré. Ce fait est à l’origine de nombreuses organisations sociales dont certaines perdurent.  La religiosité a connu un bouleversement considérable avec l’avènement du monothéisme, le passage du seulement sacré au divin proprement dit. Les conséquences historiques en furent impressionnantes et parfois tragiques, mais ce changement a également constitué le fait religieux en problème philosophique : celui de l’existence, ou non, d’un créateur de l’univers. Il faut certes éviter d’éluder la question par la réduction d’une position intellectuelle à la psychologie ou à l’intention de son auteur, mais par ailleurs toutes les tentatives de démonstration de l’existence de Dieu ont montré leur faiblesse,  parce qu’elles se basaient sur une incompréhension de notre pouvoir de connaître.  L’existence de Dieu ne peut être connue, mais elle peut être pensée. Les arguments majeurs des croyants sont l’ordre de l’univers et le besoin humain d’un sens. Ces deux arguments se heurtent à un problème majeur celui du mal, qui transforme souvent le problème théologique en problème axiologique, et aboutit à deux positions existentielles également respectables : pour l’athée le mal est une objection radicale à toute intelligence créatrice possible, pour le religieux le mal est un mystère que la croyance arrache à l’absurdité sans pourtant lui conférer un sens assignable.

 

 

 

Quelques sites :

 

 

 

Site, orienté mais bien documenté sur les rapports entre science et religion

https://www.science-religion-b-alexandre.fr/textes/texte-1-science-et-religion/

 

 

Site réseau Canope sur laïcité, valeur citoyenneté, entre autres https://www.reseau-canope.fr/resultats-de-recherche.html?q=philosophie&tx_solr%5Bfilter%5D%5B0%5D=type%253AnoticiaNotice&tx_solr%5Bfilter%5D%5B1%5D=typeRessource%253A%252Fressource%2Bweb

 

 

Site de l’association des professeurs de philosophie sur la laïcité

http://www.appep.net/la-laicite-par-les-textes-anthologie/table-des-matieres/