LA LIBERTE

(Un peu résumée)

 

I LA LIBERTE COMME POUVOIR

 

A/ Assimilation

Pour le sens commun, être libre c’est pouvoir faire ce qu’on veut, être un tyran politique ou économique. Le jeu de la liberté est un jeu de pouvoir. D’où le projet d’un Calliclès: « Il faut laisser prendre à ses passions tout l'accroissement possible au lieu de les réprimer, et, quand elles ont atteint toute leur force, être capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence. » PLATON, Gorgias.

Glaucon montre avec le mythe de Gygès, celui de l’anneau invisible que : "ceux la même qui, par impuissance à commettre l'injustice, s'emploient à être juste ne s'y emploient pas de leur plein gré" La république 359b-360c.

Evidence mais problèmes :  

 

B) Problèmes de l’assimilation

1er problème: politique : Un seul est libre, solution politique dans le droit. Kant" Le droit est la limitation de la liberté de chacun à la condition de son accord avec la liberté de tous, en tant que celle-ci est possible selon une loi universelle. " Emmanuel Kant, Théorie et pratique, 2e partie . La solution économique n’est pas d’actualité.

2ème problème:  L’idéal de liberté est surtout un idéal de maîtrise. L’autre échelle de la liberté ne va pas du tyran ou du riche à l’esclave pauvre, elle va du fou au sage. Sénèque (Lettres à Lucilius, CX) : Potentissimus est qui se habet in potestate (Celui-là possède la suprême puissance qui se possède en soi-même). Cité par Montaigne qui donne cette formule de la liberté « pouvoir toute chose sur soi » Essais III, 12

 

II LA LIBERTÉ DE DÉCISION

 

A) Son affirmation

 1) Le libre arbitre

 « La liberté consiste seulement en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l'entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous y contraigne. » Descartes Méditations 4

Acte peut-être incité (par passion), mais incitation n’est pas une détermination. « la nature commande à tout animal et la bête obéit » Rousseau  Discours sur l’origine de l’inégalité.

 

 2) La volonté

Une représentation de l’effet de l’acte et une hiérarchie des désirs en fonction de cette hiérarchisation La liberté de choix impose une discipline qui, selon la formule de Kant  la critique de la faculté de juger (§83) est « la libération de la volonté du despotisme du désir.

 Distinction entre l’hétéronomie et l’autonomie ; . « la liberté est cette propriété qu’a la volonté de se donner à elle-même sa loi » Kant fondements de la métaphysique des mœurs. L’homme n’est pas déterminé par une loi (comme la gravitation) mais par la représentation d’une loi.

 Cf.  Rousseau «l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » Du contrat social L.I, ch.8.

B) Les épreuve morales de la liberté

 

1) Le remord et l’acte moral

Le remord est l’expérience rétrospective d’une liberté éprouvée. Kant : Critique de la raison pure, « ce blâme se fonde sur une loi de la raison où l'on regarde celle-ci comme une cause qui a pu et a du déterminer autrement la conduite de l'homme, indépendamment de toutes les conditions empiriques nommées. » Ibid.

   

 

2) La prééminence de l’acte

 Il y a correspondance nécessaire entre la liberté est l'obéissance à la loi.

Transition : La liberté ne se limite pas au choix moral

Ce n’est pas toujours en termes moraux que se pose le problème du choix.

Un choix d’orientation n’est pas moral, et parfois la conscience morale n’aide pas à choisir. . «  en effet il n'est pas un de nos actes qui, en créant l'homme que nous voulons être , ne crée en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être. » Sartre

La question de la liberté est donc davantage une question existentielle, qu’une question purement rationnelle.

 

C) Les épreuves existentielles

 

1) l'angoisse et les obstacles extérieurs

 Pas dans l'acte moral de façon privilégiée. La liberté devient consciente par l'angoisse.

=> Distinguer peur et angoisse: « la peur est peur des être du monde, l'angoisse est angoisse devant moi; Le vertige est angoisse dans la mesure où je redoute non de tomber dans le précipice mais de m'y jeter. » Sartre: l'être et le néant p. 64

L’angoisse est éprouvante cf. " on est condamné à être libre ". Paradoxe de Sartre : «  On n’a jamais été aussi libre que sous l’occupation allemande » Impossibilité de se laisser aller à l’inertie des choix antérieurs   

- Les restrictions de situation (ex. handicap) ne détruisent pas ma liberté «  Il est vrai de dire que l'on m'ôte des possibilités. Mais il est aussi vrai de dire que je m'y cramponne ou que je ne veux pas voir qu'elles me sont ôtées

 

2) L’épreuve de la liberté des autres

Dans la honte je ne peux plus donner le sens de mes actes, autrui me dit qui je suis et je ne peux qu’adhérer à cela. « Le seul miroir c’est les autres » dit Sartre

 

3) La mauvaise foi

Abdication lâche de sa liberté, ou refus de considérer la liberté des autres. Le lâche et le « salaud » (le colonialiste, le machiste, le paternaliste, celui qui aliène).

 

III LE LIBRE ARBITRE MIS EN QUESTION

 A) Les épreuves de l’absence de liberté

 L'aliénation économique ou sociale Cf. cours sur le travail

Le fait de convaincre l’autre qu’il est incapable d’assumer sa liberté. « Après les avoir d'abord abêtis en les traitant comme des animaux domestiques, et avoir pris toutes leurs précautions pour  que ces paisibles créatures ne puissent tenter un seul pas hors de la charrette où ils les tiennent enfermés, ils leur montrent ensuite le danger qui les menace, s'ils essayent de marcher seuls. » Kant Qu’est-ce que les lumières. Chef d’œuvre de l’oppression, celui qui aliène fait participer l’oppressé à son oppression. Ex. Manifestation de femmes contre le droit des femmes au nom de la tradition  

Modération de la liberté Sartrienne « on peut toujours faire quelque chose de ce qu'on a fait de nous."

 

B/ La nécessité

 

Le libre arbitre serait une peur illusion.

Cause de l’illusion : ignorance des causes qui nous font agir.  « Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu'ensuite il aurait voulu taire." Spinoza lettre à Schuller

La liberté alors encore pensable est le fait d’agir selon la seule nécessité de sa propre nature = la liberté qui s’oppose à la contrainte.  « Je dis que cette chose est libre qui agit par la seule nécessité de sa nature et contrainte celle qui est déterminée par une autre à exister et agir » SPINOZA lettre à Schuller

Pour l'homme en l'occurrence la liberté consiste à être déterminé par sa seule raison "je déclare l’homme d’autant plus en possession d’une pleine liberté, qu’il se laisse guider par la raison” SPINOZA Traité théologico politiqueCh. II. 11

Donc  deux conceptions de la liberté non conciliables

 

 

 

IV L’ANTINOMIE 

 

A)    Constat

 

Liberté favorable à la morale et à la religion :  Les hommes ont été considérés comme « libres », pour pouvoir être jugés et punis, pour pouvoir être coupables Nietzsche Crépuscule des idôles.

Il est en effet difficile de considérer l'innocence de tout individu " le principe de l'action morale est ainsi le libre choix" Aristote Eth. Nico. VI, 2

D'un autre côté, Les sciences humaines, ou biologiques remettent en cause la liberté.

Freud dit par exemple : "La croyance profondément enracinée à la liberté et à la spontanéité psychiques est tout à fait antiscientifique et doit s'effacer devant la revendication d'un déterminisme psychique." Introduction à la psychanalyse

 

B) la solution transcendantale

 

Analyse de la causalité

Kant a montré que la causalité n’était pas dans les choses mais dans notre compréhension des choses. Il l’a même démontré par le fait que nous pouvons comprendre a priori les loi de la causalité ( ce dont nous serions incapables si elle était un fait d’expérience). Vouloir déterminer si l’homme est libre ou non est donc une erreur, une incompréhension de la nature métaphysique de ce problème. On peut être déterministe, mais il faut savoir qu’il s’agit, comme s’agissant de la liberté, d’une croyance.

La liberté ne peut donc se prouver, elle demeure une possibilité jamais une évidence déterminée. Merleau Ponty montre bien que les deux solutions sont insuffisantes (cf. Textes)

 

C) La liberté comme éthique au-delà du problème métaphysique

Le sage bien entendu est celui qui éprouve ce qu'il veut et pense ce qu'il veut, il semble à la fois incroyablement libre des influences de son milieu, comme le semblent un Spinoza ou une Simone de Beauvoir, et subissant au minimum le dictat de ses passions, « ne pas haïr, ne pas aimer, mais comprendre », disait encore Spinoza. On ne sait si le sage est sage comme dirait Sartre, parce qu'il maintient à un niveau exceptionnel cette aptitude transcendante de la conscience, ou bien s'il est tel simplement par chance, parce qu'il a l'heureuse faculté d’être, à un degrés supérieur, déterminé par sa raison, comme le dirait Spinoza, et comme les traditions philosophiques ou autres en montre des exemples, Epicure, Epictète, ou Lao Tseu pour ne citer qu'eux. Il demeure que cette sagesse, donc cette liberté, nous faisons fréquemment l'épreuve de son absence et elle demeure un horizon.

 

 

 

CONCLUSION

La liberté est donc certes la liberté physique, l'absence de contrainte extérieure, qui devient plurielle en fonction des contraintes dont on parvient à s'émanciper (liberté d'expression, d'aller et venir etc.).

Cependant cette indépendance n'est pas le seul aspect de la liberté: comme on peut être aliéné dans l'acte même qui paraît être l'expression de notre volonté (le " je fais ce que je veux "du drogué ), on peut conserver une liberté dans l'incarcération par exemple.

La liberté consiste donc plus essentiellement dans une absence de détermination intérieure, dans une possible autodétermination.

Cette liberté exigée par la morale entre apparemment en contradiction avec la science qui elle exige l'attribution d'une cause à un effet.

Cependant une théorie de la connaissance considérant la causalité comme un des concepts par lesquels nous comprenons les choses, permet de concilier la connaissance de l'homme objet d'expérience et la possibilité pour l'homme en lui-même de penser une causalité libre.

L'acte moral semblerait confirmer cette possibilité puisque l'homme aurait la faculté, par la raison, de s'interroger sur la possible universalité du principe à la base de son action et donc de se donner à lui-même sa propre loi, d'être autonome.

Mais la possibilité même de faire appel à la raison érige l'acte déraisonnable lui-même en acte libre (le remords indique le regret de ne pas avoir réfléchi, donc de librement ne pas avoir fait appel à la raison). De plus l'inefficacité même de cet appel pour déterminer une option et éviter l'angoisse du choix semble nous condamner à une liberté constante qu'il nous reste à assumer dans sa radicalité.