LE POUVOIR

Distinction entre le pouvoir de et le pouvoir sur 

Ø  le pouvoir de (= capacité de faire, archétype artisanal) Mais justement, est paradoxalement inversement proportionnel au travail nécessaire.

·         Plus on a de pouvoir, moins de travail il faut:  Cf. la magie comme fantasme du pouvoir et résultat sans travail

·         Relativité du  « pouvoir de » Limité par la résistance des choses: Le fantasme de pouvoir absolu reste un fantasme

Ø  le pouvoir sur   Le champs du pouvoir est celui des volontés  

-          Peuvent s'unir à moi, (ne sont pas étrangères à ma volonté comme les choses )

-          Peuvent davantage s'opposer à moi ( seule résistance de la chose est l'inertie)

C'est la le sens propre et fort du mot pouvoir: se multiplie par la volonté et l'action d'autrui

 

Le problème du pouvoir est alors double :

Ø  Technique : Comment obtenir et conserver le pouvoir

Ø  Politico-juridique : Qu’est-ce qui légitimerait, si cela était possible, le pouvoir qu’aurait certains hommes sur certains autres.

 

 

I L’ACQUISITION

 

A) La force

·         Référence au modèle animal : Dans une meute il y a loup dominant et loup dominé, le pouvoir humain serait un analogue du pouvoir animal, et s’obtiendrait par la force.  

·         (cf. Calliclès) Ceux qui méritent le pouvoir sont ceux qui sont capables de l’obtenir (référence à l’animal, insuffisant) " Mais je vois que la nature elle même proclame qu'il est juste que le meilleur ait plus que le pire et le puissant plus que le faible". Platon Gorgias 

·         L’éthologie peut apprendre pas mal de choses sur les rapports humains, mais on ne peut réduire les uns aux autres.  D'abord parce que les rapports animaux ne sont pas hiérarchique intra spécifiquement. Ensuite parce que, même lorsque c'est le cas il ne s'agit pas d'un véritable pouvoir. 

·         Rousseau montre bien, dans le Discours sur l'origine de l'inégalité que, même si un rapport de forces brutales peut exister dans la nature, d'abord c'est la société qui le porte à son comble, ensuite aucun asservissement durable ne peut exister naturellement cf: " Je fais deux pas dans la nature, je disparais et il ne me revoit de sa vie.

·         Cependant, l’origine du pouvoir politique semble bien être la force : tout pouvoir n’est que la légitimation d’un rapport de forces : a justice est sujette à dispute, pas la force, c’est donc elle qui s’est imposée « ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste » Pascal Br. 298

 

 

B) La peur

 

·         Distinction : La peur comme moyen d’obtenir le pouvoir : Marquer les esprits par sa cruauté ou par le déploiement de sa force, gouvernement par la terreur. Opposition Rousseauiste : Il y aura dans la tranquilité de l’état « plus d’apparence que de réalité », résumé Spinoza : « La paix n’est pas une absence de guerre ».

·         La peur comme origine du pouvoir. Argument Hobbesien.

·         Si les hommes se soumettent tous à un pouvoir, c’est qu’ils ont chacun peur les uns des autres «  sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect les hommes sont dans cet état qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun. » Kant remarque aussi dans la IVème proposition d'une Idée d'une histoire universelle que c'est la "detresse" , naissance des tendances asociales de chacun, qui pousse les hommes à se donner des règles de vie communes. .

·         Objection Le pouvoir né de la peur n'est qu'un pouvoir mort non un pouvoir vivant ce qui se voit dans les tyrannies où la vie semble se glacer.

·         Surtout, si la peur peut briser les oppositions, elle ne peut en aucun cas associer les autres volontés à la mienne: Comment par exemple faire en sorte qu'un homme donne sa vie pour moi si sa seule obéissance vient de la crainte de la mort ?

 

 

 

C Le désir

 

1) Nécessité du désir pour le pouvoir

·         Le vrai pouvoir s'appuie sur le désir de l'autre. On peut penser qu'à l'origine de l'humanité se serait développée une demande dirigée vers certains hommes jugés providentiels. Cf. l’amour des bonapartistes pour Napoléon

·         Il y a en tout cas dans le pouvoir un fort investissement affectif sans lequel le vrai pouvoir est impossible. Cf. tous les meetings, les ovations, serrements de main, manifestation d’amour, confusion entre le pouvoir et les « stars », ridicule que montre Pascal

 

2) Inversement investissement affectif dans le pouvoir

·         L’amour du pouvoir = génitif objectif ou subjectif Cf. Adoration des personnes célèbres qui ne sont aimées parce que d'autres les aiment Cf. processus accumulatif qui fait désirer la célébrité parce qu'elle est investie du désir de l'autre

·         Retour narcissique sur l’homme de pouvoir qui reçoit cet « amour » et aime en retour cf. les déclarations politiques qui ressemblent à des déclarations sentimentales. C’est à la fois (cf. Pascal) ridicule et tyrannique « la tyrannie consiste au désir de domination universel et hors de son ordre » Br.244. Passage ordre de la force à celui de l’amour.

·         Le pouvoir confisque l’amour à ses propres fins. C'est paradoxalement cet amour qui, ce que la peur serait impuissante à faire seule, génère des monstres politiques.

·         Un homme libre justement refuse cette confusion, et « n’aime » pas le politique : « Un peuple est libre, quelque forme qu'ait son gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l'homme, mais l'organe de la loi. » " Rousseau Lettres écrites de la montagne Partie II lettre VII

Cependant, le réel problème du pouvoir n’est pas comment l’obtenir, mais comment le garder : « Le plus fort ne l’est jamais assez pour être toujours le maître » Rousseau contrat social I, 3

 

II LE MAINTIEN DU POUVOIR

Usage des ressorts employés pour son acquisition +

 

1.     L’imagination

·         Intervention aussi du désir donc de l’imagination Le pouvoir s'habille sans cesse d'imagination => une autre démystification. Cf. Pascal «  Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante »  Pensées Br. 82

·          Importance du costume  Pour fasciner, toucher l'imagination il faut au pouvoir un costume. Cette imagination c'est souvent le costume lui-même: c'est " l'hermine " du juge ou le "bonnet carré " du médecin qui connaît Hippocrate au temps de Pascal, avec blouse blanche dans nos pubs, le " képi" etc.

·         Importance inversement proportionnelle à la force du pouvoir Exemple : « le chancelier et grave et vêtu d’ornements car son poste est faux » ibid. Br. 307 Pouvoir réel du médecin => abandon du costume. « Si les médecins avaient le vrai pouvoir de guérir, ils n’auraient que faire de bonnets carrés » ibid. Br. 82

·         Pascal nomme ces pouvoir justement des " pouvoirs d'imagination " c'est à dire des pouvoirs qui ne tirent leur être de pouvoir que de ce qu'ils se font passer pour des pouvoirs

·          Vanité de ces pouvoirs : En dessous de leur forme ostentatoire il n'y a qu'un vide intérieur que Pascal nomme la "vanité". 

·          Donc Nécessité d’un recours du pouvoir à l'imagination  Par là le pouvoir peut dépasser la faiblesse paradoxale mais irrémédiable du pur rapport direct et frontal de force. => Tout pouvoir repose sur un dosage variable de contrainte : Part de force et de croyance, part de désir, d'imagination

Cependant dans un forme moderne le pouvoir a également à opérer une gestion politique  Il doit articuler les forces diverses, sociales, économiques, régionale, d'opinion, qui constituent son champ, sans quoi il ne dure pas, englouti par ces forces qu'il n'a pas su maîtriser

2.     L’habileté

Deux direction de l’habile : Ceux qui tenteraient de lui prendre le pouvoir, et qui doivent être trahis ou dominés par la crainte, et le peuple qui doit être mystifié, à qui on doit mentir, faire croire à la justice intrinsèque des lois « Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n’y obéit qu’à cause qu’il les croit justes » Br. 326

 

3.     La structure ( La Boetie)

·         Maintient du pouvoir par un réseau de dépendance du sommet à la base de la pyramide

·         En dessous du tyran apparaît alors une multitude de petits tyranneaux qui dépendent les uns les autres et de la tyrannie.  « Cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, ces six ont six cent qui en profitent sous eux, ces six cent tiennent sous eux six mille » La Boetie Traité de la servitude volontaire

·         C’est surtout de la corruption que se sert le pouvoir, il s’arrange ainsi pour asservir au sens propre (mécanique). : On se sert de « leur avidité ou de leur cruauté » pour être les complices du tyran. Ce qui permet : D’asservir d’avantage ceux qui ont commis tant de crimes que la protection du tyran leur est indispensable et de détourner  la haine du peuple opprimé sur le subalterne

·          Derrière l'apparente facilité du pouvoir il y a toute une machinerie de rapports de dépendance, d'intérêts, et de positions qui détruisent tous les autres rapports humains (considérés comme naïfs)

·         Mystification de la structure pour cacher son mécanisme Nécessité de masquer cette structure pour qu’elle soit efficace Ex Les égyptiens qui pensaient qu'on ne pouvait croiser le regard de Pharaon sans périr parce qu'ils ne comprenaient pas la structure hiérarchisée des ministres des prêtres et des scribes

·         Dans ce cas le pouvoir devient objet de croyance et se fortifie de tout le pouvoir immense de l'homme à croire et qui l'enchaîne par ses idées plus sûrement que tout le pouvoir qu'on pourrait avoir sur lui.

·         Le pouvoir domination peut donc se caractériser par une mise en place d'une structure complexe d'intérêts, et par la mystification de cette structure, qui fait croire en une supériorité naturelle du pouvoir. => Recours du pouvoir à la force de l’imagination

 

4.     L’idéologie (Arendt)

·         Systèmes qui associe toutes les forces avec lesquelles le pouvoir doit jouer.

·          Système de pensée constitué essentiellement dans le souci, conscient ou non de justifier un pouvoir (en place ou montant ) et les rapports économiques et sociaux qui y correspondent.

·         L'idéologie se donne un masque de rationalité mais mobilise des passions collectives ( peur haine désir d'identification collective, d'expansion territoriale etc. ) qui lui donnent une force de conviction considérable

·         Repose en dernière instance sur de positions de domination et des intérêts matériels qui sont ainsi justifiés et dissimulés.

- La fonction de l'idéologie:   

æ  Transformer le fait en valeur

æ  L'oppression en libération

æ  L'injustice en droit

C'est donc un travail d'inversion systématique du réel qui donne alors si l'idéologie s'impose, une allure surréaliste au monde. Illustration par le Novlang ou bien par le titre du journal de propagande PRAVDA

Dans le régime totalitaire géré par l'idéologie, c'est l'homme qui disparait « Le totalitarisme ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus. »  Arendt Les Origines du totalitarisme, 1951.

Donc Le fonctionnement du pouvoir est réglé par la valse permanente de la force, du désir, de l'intérêt, de l'imagination, finalement orchestrée par l'idéologie.

Tel est le pouvoir tel qu’un regard extérieur peut le constater.

 

III LA LEGITIMATION

 

A) Problème de la question en elle-même

·         Pascal: La légitimité n'est-il pas un faux problème ?

·         le fait que le pouvoir fonctionne et met un frein aux passions collectives suffit à le légitimer :«  le plus grand des maux est la guerre civile » Pascal

·         Tout pouvoir est bon du moment qu'il s'impose, le droit n'est pas le fondement du pouvoir c'est au contraire le pouvoir qui est au fondement du seul droit que l'on puisse exiger : la paix civile: " Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble et que la paix fût, qui est le souverain bien." Pensées 81- 299. Cf. La justification de la force comme manifestation de la justice divine. Pas du tout Pascalien, Bossuetien.

·         Mais cette rédaction du droit au fait n'est autorisée que parce qu'elle a pour corollaire un mouvement absolument contraire, Pascal ne s’intéresse pas à la justice humaine parce que pour lui il existe un autre horizon au désir de justice, Dieu, on n’a pas à chercher ici la justice, elle existe là haut et c’est là qu’il faut la chercher

·         Ce postulat d'une impossible justice ici bas est donc un argument religieux plus que politique, et la question de la légitimité reste irréductible sur le plan moral.

 

B) L’Exigence de légitimité.

 

La légitimité est le doute sur la légalité qui l'évalue selon une référence idéale et éventuellement l'invalide. Le problème du droit du droit va donc être de se trouver un sol: En fonction de quoi décider que tel système de loi est légitime en gardant en mémoire que tout pouvoir produit un discours sur sa propre légitimité.

 

1) Dieu

Dieu comme fondement de la légitimité: Nuit complètement au problème comme on l'a vu: Ou on nie la possible justice en ce monde ou on fonde sur ce pouvoir intangible un autre pouvoir indiscutable qui renvoie la question de la légitimité à un problème métaphysique: Bossuet dit que le pouvoir du Roi est de droit divin, le problème est plus évacué qu'il n'est résolu. " Les princes sont des dieux, suivant le langage de l'Écriture, et participent en quelque façon à l'indépendance divine. " Bossuet politique tirée des propres évangiles de l'Ecriture Sainte.

 

2.      La nature

·         Offre l'avantage d'être plus visible en apparence.  Mais la nature elle-même, d'après moi, nous prouve qu'en bonne justice celui qui vaut plus doit l'emporter sur celui qui vaut moins » le Gorgias (483a) (cf. La Nature )

·         Cependant toutes les références à la nature sont métaphoriques: Le loup mange certes l’agneau mais les différences entre hommes ne sont justement pas visibles et même si c'était le cas l'homme n'est pas un être naturel il est susceptible par sa pensée et son intelligence, par le langage également de remettre en cause les rapports de puissance naturels Cf. les limites de l’inégalité dans le discours Rousseau.

·         La nature est donc plus un instrument idéologique du pouvoir qu'un fondement possible

 

3.      La famille

·         Entraîne rapports hiérarchiques avec fondement naturel à la fois visible et indiscutable.

·         Cependant l'inégalité de pouvoir est destinée à être dépassé et sa révocation conduit à d'autre rapports que des rapports de pouvoirs (mais pas d'autorité au sens strict ) « Les enfants exempts de l'obéissance qu'ils devaient au père, le père exempts des soins qu'il devait aux enfants, rentrent tous également dans l'indépendance » « s'ils continuent de rester unis ce n'est plus naturellement, c'est volontairement ». Rousseau Du contrat social Livre I Ch. II

·         Les rapports dans une famille ont alors pour principe l'amour.

·         Cela est légitime dans la sphère qui lui est propre mais tout à fait illusoire et idéologique lorsqu'il s'agit du pouvoir: Il est évident que les rapports de l'homme au pouvoir à ses sujets n'a rien à voir avec l'intimité biologique du père avec ses enfants. Il s'agirait alors pour le politique d'une captation de la piété filiale à des fins infantilisante, ou à celles consistant à entamer le processus menant au pouvoir totalitaire. Cf. Pascal, le tyran est celui qui mélange les ordres, " La tyrannie consiste au désir de domination, universel et hors de son ordre "  Br.332. (244)

4.      Les rapports de force

·         Rousseau a encore montré qu'ils étaient instable et réversibles et que le droit du plus fort est une expression idéologique vide de sens, c'est un hommage paradoxal que la force rend au droit. « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître. » Du contrat social L.I Ch. 3

·         Donc ni les rapports naturels, ni le rapport de force ne peut fonder légitimement le pouvoir.

Il reste alors une chose

5) le savoir.

·         C'est le thème platonicien du roi- philosophe. « Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités, (…) il n’y aura de cesse, mon cher Glaucon, aux maux de la cités » Platon La république, V, 412c. Le philosophe est celui qui peut saisir les idées, fonder en raison le préférable pour une cité et, par sa connaissance de ce qui est le meilleur, ne plus laisser l'homme errer dans ses volontés asservies par le désir mais l'orienter vers une plus haute liberté. « Les maux ne cesseront pas pour les humains avant que la race des purs et authentiques philosophes n’arrive au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à philosopher véritablement. » Platon Lettre VII

·         Le danger est là manifeste d'un pouvoir qui aurait à discrétion de déterminer pour les individus ce qui est le mieux pour eux, ce qui est leur vouloir réel dont ils sont incapables de prendre conscience.

·         Platon considère d’ailleurs qu’il faut toute une sélection et une éducation pour déterminer celui qui aura le moins de chances d’abuser du pouvoir, il faut veiller à ce que toujours ils aient en mémoire la maxime qui consiste toujours travailler au plus grand bien de la cité, « il faut les éprouver dès l’enfance (…) puis choisir ceux qui se souviennent, qui son difficiles à séduire » ibid. 413c

·          Résurgence cependant de ce type de conception dans l'importance accordée à l'expertise dans la direction de la destinée des peuples.

·         Ce n'est alors ni sue le pouvoir ni sur le savoir que le pouvoir peut fonder sa légitimité, ce ne peut être, comme l'a vu Rousseau, que sur le vouloir.

 

C/ la légitimité effective : le contrat social

 

1) Enoncé

·         Assure la validité d'une société formée sur le vouloir humain et qui ne la dénature pas : «  trouver une forme d'association qui défende et protège la liberté de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui même et reste aussi libre qu'auparavant ». Rousseau, Du contrat social, livre I Ch. VI

·         Le contrat n'a cependant pas la nécessité d'être explicitement passé sous la forme d'un événement, il est plutôt l'essence implicite du rapport entre les individus et le tout.

·         D'où également la volonté générale «  la volonté générale seule peut diriger les forces de l'état selon la fin de son institution qui est le bien commun. »

·         Ainsi le seul pouvoir légitime est l'état républicain qui se fonde sur la souveraineté populaire et donne vie à la volonté générale. qui a pour norme le bien commun et pour forme d'accomplissement la loi qui délivre de l'emprise de l'intérêt particulier.

·         Encore faut il toujours prendre garde à une dérive possible du pouvoir, à une perversion de la volonté générale par les volontés individuelles, à une perversion de cette volonté par son incarnation.

2) Les garanties contre l'abus de pouvoir.

a) les constitutions

Bien entendu tout le jeu des constitutions consistent justement à permettre un fonctionnement d'un gouvernement mais à éviter également (d’où l'équilibre des pouvoirs, la surveillance mutuelle qu'ils exercent sur leur propre dérive) toute captation par le pouvoir de la souveraineté, car le gouvernement se délègue mais la souveraineté est indivisible et inaliénable.

b) l'individu

La conscience individuelle, comme le rappelle Alain dans ses propos sur le pouvoir doit prendre  distance avec le pouvoir, dans un exercice critique et libérateur. Rappeler au pouvoir ce qu’il doit au hasard, ou mieux, à la volonté du peuple : «  toute la violence et toute la vanité des grands vient de ce qu’ils ne connaissent point ce qu’ils sont ».  Discours sur la condition des grands, premier discours

·         A côté de cet effort théorique il faut une résistance à la fascination que veut exercer le pouvoir, lui rappeler le ridicule de la confusion, comme le fait encore Pascal : « Il n’est pas nécessaire parce que vous êtes duc, que je vous estime ; mais il est nécessaire que je vous salue. » Ibid. second discours.

 

3) conclusion sur la légitimité

 

La légitimité d'un pouvoir ne se mesure donc pas tant de manière positive au fondement dont il se réclame et à la perfection de ses formes institutionnelles, cette forme abstraite peut toujours être résorbée par le fonctionnement concret du pouvoir, ( ce n'est pas parce qu'un pouvoir est légitime que toutes ses décision sont ) - que de manière négative par la pratique concrète de contestation, d'interrogation et d'intervention qui en traverse sans cesse le fonctionnement.

Tout comme il y a un critère, dit Popper, de falsification d'une théorie qui en assure la scientificité, il y aurait un critère de « contestabilité » du pouvoir (et non d'une base de légitimité incontestable et " scientifique" critère de légitimité qui est en fait le principe de fonctionnement totalitaire car dispensant de rendre compte de soi à personne. (Cf. l'histoire du «  on peut pas se plaindre... ») Ce n'est pas l'invitation à l'anarchisme, mais à, comme le dit Alain « l'obéissance irrespectueuse », obéissance qui admet le fait du pouvoir puisqu'il est nécessaire mais qui, irrespectueusement en discute les actes.