I/ LA PERCEPTION ET LA SENSATION

 

 

 

A) La perception pensée ou éprouvée

 

 Il est difficile dans la vie courante (existentiellement) de distinguer la sensation et la perception. Le credo de l’opinion irréfléchie c’est l’identité entre la perception et le réel. Mais une analyse de la sensation, puis de la distinction entre sensation et perception peut remettre en question ce préjugé.

 

- Les sensations semblent une relation entre la physiologie et une extériorité

 

La sensation vient de nos sens, correspond à une configuration physiologique : nous ne percevons que certaines longueurs d’ondes, que certaines fréquences : nous sommes insensibles aux ultraviolets ou, aux infrasons (inférieurs à 20hz) ou aux ultrasons (supérieurs à 20000 hz) .

 

Elles sont dans une certaine mesure subjectives : le chaud ou le froid peut venir aussi bien de « l’intérieur » comme avec la fièvre, ou de l’extérieur ;

 

 

 

B) Comment passe-ton de la sensation à la perception ?

  

Deux possibilités :

 

1) L’empirisme

 

L’habitude construit la perception à partir des sensations : c’est la thèse empiriste, celle d’un Locke ou d’un Hume. Une somme de sensations va se cristalliser en une perception : je vois de la fumée, je sens de la chaleur, je finis par voir des flammes et je sais qu’il y a un incendie.  "L'expérience ; en elle, toute notre connaissance se fonde et trouve sa source" Locke Essais sur l’entendement humain, livre II, Ch1

 

Dans le même ouvrage II, 9  Locke montre même qu’un aveugle de naissance à qui on poserait un cube et un globe n’aurait pas le moyen de les distinguer. Il n’y aurait donc que les sensations qui formeraient, par habitude la structure de la perception.

  

 

2) L’idéalisme cartésien

 

L’idéalisme soutient au contraire que la perception des choses dépend d’idées qui lui sont préalables

 

Ce serait d’abord par exemple l’idée d’une régularité constante qui me ferait comprendre un globe, j’aurais intellectuellement la saisie possible des formes et je pourrais les distinguer par la sensation.

 

Ce sont mes yeux qui voient les différents reflets de la lumière sur les formes du globe, mais c’est ma pensée qui détermine qu’il s’agit d’une sphère.

 

C’est ainsi que Descartes développe l’exemple d’un morceau de cire : je peux avoir deux perception très différentes du morceau de cire : l’une lorsqu’il est à faible température, l’autre à température élevée, ce sera le même morceau de cire alors que les sensations seront très différentes 

 

"Sa perception, (...) n'est point une vision, (...) mais seulement une inspection de l'esprit"

De même si je regarde par la fenêtre je n’aurai comme sensations que quelques formes "Que vois-je de cette fenêtre sinon des chapeaux et des manteaux (...) mais je juge que ce sont de vrais hommes" Méditation seconde"

 

 

C)  De l’idéalisme intellectuel à la remise en cause des objets

 

 

1) La théorie des idées

 

Cette thèse peut être poussée plus loin et considérer que ce qu’inspecte l’esprit est plus réel que ce que constatent les sens, c’est la considération propre de l’idéalisme Platonicien : il considère plutôt une théorie de la connaissance : les réalités intellectuelles sont plus vraie que les réalités sensibles parce que seules elles ont la permanence, elles ne sont pas soumises au temps : « de connaissance il ne peut être question si tout change et rien ne demeure » dit Platon, Cratyle 440c .  C’est aussi ce que veut montrer la célèbre allégorie de la caverne.

 

 

 

2) Doute sur le monde réel

 

La perception peut également être mise en cause dans son  aptitude à se référer à un  monde réel, au sens strict, nous ne percevons que… nos perceptions, rien ne nous dit qu’une réalité correspond à ces perceptions : « les diverses impressions ou idées imprimées sur les sens ne peuvent exister autrement que dans un esprit qui les perçoit » « L’esse de ces choses, c’est leur percipi » Berkley Principes de la connaissance humaine, Tome 1.

 

Kant veut absolument sauver le réel, mais son argument peut sembler faible : S’il n’y avait que des perceptions sans relation aux choses toutes les réalités seraient superposables. Or certaines réalités peuvent être identiques sans pouvoir  occuper le même espace : une main gauche ou une main droite sont identiques et pourtant le gant gauche n’ira pas à la main droite. Il reste que le doute sur l’existence réelle des choses demeure, c’est même de ce doute que s’emparent ceux qui veulent jouer sur la fiction, jeu peut-être stérile mais possible. Matrix et consorts.

  

 

D) Le criticisme Kantien

 

 

 

Kant va chercher à concilier les évidences des empiristes et celles des idéalistes par ce que l’on a appelé une révolution copernicienne « Ce n'est donc plus l'objet qui oblige le sujet à se conformer à ses règles, c'est le sujet qui donne les siennes à l'objet pour le connaître »: Introduction à la seconde édition de La critique de la raison pure.

 

Il concède aux empiristes qu’il faut une intervention des sens pour qu’il y ait quelque connaissance, et aux  idéalistes qu’il y a des principes qui structurent notre perception et notre connaissance qui sont les conditions de toute connaissance possible.

 

Ces principes sont  eux-mêmes en dehors de notre expérience, a priori, mais la rendent possible (c’est ce que Kant nomme transcendantal)  « Nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes ». Introduction à la seconde édition de La critique de la raison pure.

 

Nos sens sont structurés par deux formes a priori : l’espace et le temps. La preuve en est que nous pouvons donner en dehors de toute expérience, les lois de ces deux formes. Nous savons par exemple, en dehors de toute expérience que nous pouvons, dans l’espace, aller d’avant en arrière, et que c’est impossible dans le temps.

 

Il y a également des principes intellectuels qui structurent qui organisent notre perception et nos expérience, une logique. Lorsque par exemple nous percevons la pluie qui tombe nous distinguons en attribuons spontanément la cause aux nuages.

 

Il resterait à savoir quel serait l’origine de ces principes, peut-être sont-ils innés, ou bien en partie acquis. C’est une question qui intéresse encore et les philosophes et les spécialistes du cerveau

 

Pour ceux qui veulent en savoir plus : http://www.slate.fr/story/95049/kant-moule-gaufres-plasticite-cerebrale

 

Indépendamment de cette étude entre l’esprit et l’objet, on peut, de façon plus descriptive considérer la façon dont l’humain perçoit :  ce serait la position proprement phénoménologique (même si une telle approche a pu être effectuée avant que le terme ne soit employé).

 

 

 

 

II/ DESCRIPTIION DU PHENOMENE PERCEPTIF

 

 

 

A) La perception comme sélection

  

1) Percevoir c’est d’abord se préparer à agir

 

Bergson part d’une étude du vivant, de la spécificité qu’ont les vivants de s’inscrire dans le temps, et dans l’action. La perception n’est pas simplement le constat d’une présence des choses, c’est surtout classer dans le perceptible ce qui pourra nous aider à vivre et donc à agir pour vivre. Déjà un animal ne s’intéresse qu’à ce qui, dans son type d’existence, va lui permettre une action possible : un chat par exemple va être surtout, dans sa perception visuelle, sensible au mouvement, parce que c’est ce qui lui désigne une proie (ou un prédateur) potentielle.

 

L’humain fait de même, il sélectionne dans le vaste champ de l’éventuellement perceptible, ce qui peut être utile à notre action. « La perception : auxiliaire de l’action, (…) isole, dans l’ensemble de la réalité, ce qui nous intéresse ; elle nous montre moins les choses mêmes que le parti que nous en pouvons tirer. » Bergson,  la pensée et le mouvant V.  TEXTE

 

Il pourrait alors y avoir plusieurs « éducation à la perception ». Une qui apprendrait à désapprendre cette immersion de la perception de l’homme dans l’action potentielle, elle enseignerait à regarder plutôt qu’à voir, ce serait l’œuvre de l’artiste, du peintre pour la vue. Une autre qui consisterait au contraire à focaliser son attention sur les éléments permettant l’action la plus efficace. Dans cette perspective quelques distinctions peuvent être éclairantes TEXTE

 

2) Distinction entre perception automatique et perception consciente :

 

C’est justement lorsqu’il y a à agir au sens fort, c’est-à-dire lorsqu’il y a des options à prendre, des choix à effectuer que la perception devient consciente : lorsque par exemple on conduit sur une route habituelle, nous ne sommes heureusement pas aveugles, mais nous pouvons ne pas prendre conscience de ce que nous percevons. En revanche dès qu’un évènement imprévu advient (un obstacle inhabituel) il y a reprise de conscience.

  

3) L’attention

 

C’est cela que l’on peut appeler l’attention : il ne s’agit pas d’une perception plus accrue, mais il s’agit de doubler la perception des souvenirs qui ont une proximité avec le présent vécu et peuvent l’éclairer. Lorsque quelqu’un élève est attentif par exemple, il ne convoque pas les souvenirs hasardeux de son passé vécu (son dernier week-end etc.) il ne convoque que ceux qui peuvent l’aider à comprendre le cours qu’il écoute. Dans une perspective plus vitale : un policier dans une situation dangereuse va faire appel à toutes ses connaissances passées pour affronter le danger de la façon la plus efficace. Voilà pourquoi, dans un certain sens, percevoir c’est se souvenir.

 

  

 

B) L’intentionnalité et forme

 

On pourrait dire qu’il y a donc, comme condition de la perception, le champ préalable de l’action possible. Mais peut-être peut-on étendre les conditions possibles de la perception à autre chose que ce seul champ, essayer de déterminer ce qui fait que l’on peut percevoir.

 

 

 

1) La théorie de la forme  (en allemand: gestalttheorie)

 

Il existe des formes qui sont perçues d’emblées, sans que soient d’abord perçues les parties qui composent l’ensemble. Percevoir ce n’est pas structurer un donné à partir d’éléments, c’est immédiatement considérer une forme pour ensuite, peut-être la détailler  Paul Guillaume précise : « Nous ne percevons pas d’abord les feuilles, puis l’arbre ; nous n’entendons pas d’abord des notes, puis la mélodie, c’est l’ensemble de l’arbre ou de la mélodie qui est d’abord perçu ; et c’est en lui que nous apprenons à distinguer des feuilles et des notes. La perception n'est pas un ensemble de sensations ; toute perception est d'emblée la perception d'un ensemble. » Psychologie de la forme. Pour un humain, l’une de ces formes privilégiées c’est le visage, c’est pourquoi nous pouvons en distinguer la forme même lorsqu’elle n’est que suggérer, et c’est cette forme qui nous apparait souvent en premier, comme le montre l’exemple du vase de Rubin

 

La loi fondamentale  serait celle de la bonne forme : un ensemble de parties informe (comme des groupements de points sans ordre) tend à être perçu d'abord (automatiquement) comme une forme, cette forme se veut simple, symétrique, stable, donc comme  une bonne forme. https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_de_la_forme

 

Vidéo sur la psychologie de la forme

 

https://www.bing.com/videos/search?q=psychologie+de+la+forme&&view=detail&mid=4ACDC377F6A958028A684ACDC377F6A958028A68&&FORM=VRDGAR

 

La méthode globale de lecture par exemple (avec aussi ses échecs) est une application de la psychologie Gestaltiste : on reconnaît souvent la structure globale d’un mot avant de séparer chaque lettre, c’est pour cela qu’on peut reconnaître des mots, même si l’ordre des lettres a été changé.

 

« Sleon une édtue de l’univrtesié de Cmabridge, l’odrre des lerttes dnas les mtos n’a pas d’imroptance, la suele coshe improtante est que la pmeirière et la drienère  soient à la bnnoe pclaee. »

 

 

 

2) L’intentionnalité

 

Cette perception de formes aurait elle-même un principe qui lui serait antérieur : le fait que toute perception soit donation de sens, que percevoir c’est viser un objet, le considérer dans un certain contexte. La perception elle-même est une façon de « viser » un objet, le souvenir, ou l’imagination constitueraient des façons différentes de s’y rapporter « Le souvenir de la maison "vise" la maison comme souvenir: l'imagination, comme image (…) un jugement de valeur surajouté la viserait encore à sa manière, et ainsi de suite. Ces états de conscience sont aussi appelés états intentionnels. » Husserl Méditations Cartésiennes, 1929. Tous ses états intentionnels constituent ce que Husserl nomme « la noèse ».

 

Par exemple un amoureux « verra » la personne dont il est épris dans toutes les silhouettes ressemblant vaguement à l’objet de sa passion.

  

 

 

3) L’ancrage du corps

 

La donation de sens est certes indispensable à la perception, mais le tort de la phénoménologie c’est peut-être de l’ancrer uniquement (comme faisait le cartésianisme) dans la seule conscience.

 

Le corps pourrait lui-même être donateur de sens, et c’est donc lui, d’abord qui serait central dans la perception.

 

Pour Merleau Ponty, et contre Descartes, c’est le corps qui est le sujet de la sensation, pas l’esprit. Il faut rappeler cette évidence (sa négation avait fait dire au Cartésien Malebranche de coupables sottises sur l’insensibilité des animaux).

 

Le sens s’enracine dans le corps comme le montre l’apprentissage de l’animal : lorsque le rat parcours le labyrinthe, il donne, pas son parcours même le sens d’un échec à toute tentative qui ne parvient pas à son but. S’ouvre ainsi, pour chaque espèce, un champ doté de sens en fonction des possibilités comportementales centrées sur les corps différents : une corneille n’envisagera une cathédrale que comme un ensemble de perchoirs…

 

A ce titre la perception que nous avons de notre propre corps (de notre corps propre dit Merleau Ponty) est elle-même singulière. Descartes disait bien que "Nous ne sommes pas en notre corps comme un pilote en son navire"  mais seulement pour signifier une «  intimité » entre l’âme et le corps. Le corps, est ce qui, en premier lieu, constitue un sens au monde, il n’est pas alors objectivable, il constitue une « conscience incarnée ».

   

L’étude de la perception n’est pas que l’étude de la façon « correcte » dont nous appréhendons le monde, elle est également celle d’une appréhension erronée,

 

 

 

II/ L’ILLUSION

  

 

Origine de l'illusion étymologie : ludere (jouer), on est jouet de l’illusion.

 

Comme erreur, consiste à prendre le faux pour le vrai, mais distinction possible : une illusion résiste à sa réfutation. => Etude du phénomène. Qu’est-ce qui produit une illusion ?

 

 

 

A) L’illusion dues aux lois physiques :  

 

1) perspective    

 

Des phénomènes stellaires optiques peuvent expliquer un certain nombre d’illusion : un bâton  trempé dans l’eau, le soleil qui semble petit et pas très loin, peuvent être expliquées par une meilleure compréhension des lois physiques.

 

Dans ce cas connaissance des lois physiques peut faire disparaître, non pas l’illusion, mais le fait d’en être le jouet : un astronome verra aussi les étoiles, mais il saura que certaines sont disparues depuis longtemps : «  tout en sachant que le soleil est distant de plus de 600 fois le diamètre terrestre, nous ne laisserons pas néanmoins d'imaginer qu'il est près de nous" SPINOZA Ethique, II prop. XXXV Scolie. 

 

 

 

2) Application erronée de lois inconscientes

 

Nous avons tout un ensemble de lois de la perception, que nous avons inférées inconsciemment de l’expérience et qui détermine notre perception : par exemple que la masse augmente en proportion du volume, ou bien qu’un reflet du paysage trahit la présence de l’eau. Ces lois impliquent parfois des perceptions illusoires, comme le montrent les mirages ou bien l’exemple donné par Alain dans   Les éléments de philosophie 

 

 

 

3) Conclusion sur les illusions sensorielles :  

 

 Soit elles sont constitutives de la perception, et il faut une mesure plus exacte, scientifique, pour avoir une connaissance. L’illusion consiste à croire que les sens nous donnent « la vérité des choses », de croire par exemple que les couleurs sont une propriété inhérente des choses, ou que le soleil est vraiment petit et proche. "Les sens ne nous sont point donnés pour connaître la vérité des choses en elles-mêmes mais seulement pour la conservation de notre corps." Malebranche De la recherche de la vérité" En terme Spinoziste : La perception ne nous fait pas connaître ce que sont les choses; elle est le résultat d'une rencontre entre notre corps et certains objets, rencontre ou affection dont je peux tirer une conclusion fausse.

 

- Soit il s’agit d’application de lois perceptives à une exception. Donc, c’est dans tous les cas une erreur de jugement.

 

Ce qui, en dehors de l’habitude, pourrait entraîner une erreur persistante de jugement, ce serait un facteur plus puissant : le désir.   

 

 

 

B) Le Désir source d’illusion.

 

Certes les illusions dues au désir concernent davantage une étude de la connaissance ou de l’interprétation que celle de la perception, mais comme on l’a vu, ces notions sont souvent imbriquées, et notre désir peut également générer des illusions dans le domaine de nos perceptions. Pour le comprendre il faut une nouvelle  distinction entre l’erreur et l’illusion

 

Une première distinction a été constatée (par Kant) : l’illusion persiste, pas l’erreur. On peut en ajouter une autre : une erreur est forcément fausse, pas une illusion. Dans le domaine de la croyance, la distinction est claire : les alchimistes croyaient pouvoir transformer le plomb en or par désir de richesse, c’est désormais possible. Dans le champ de la perception je peux « voir » de l’eau dans le désert alors qu’en toute rigueur je devrais dire que je ne perçois qu’un reflet. Mon désir intervient, "Ce qui caractérise l'illusion, c'est être dérivée des désirs humains. Freud, L'avenir d'une illusion

 

B) Du désir à l'hallucination, méfiance et confiance dans la perception

  

 La naïveté consisterait, selon l’étude faite, dans une attitude caricaturée par un Saint Thomas qui « croit ce qu’il voit ». On pourrait cependant considérer que ce « réalisme naïf est correct » et qu’au contraire le plus grave et de voir ce que l’on croit.

   

1) Prendre ses désirs (ou ses craintes) pour des réalités

 

La perception devient délirante lorsque l’individu projette sur sa représentation de la réalité,  ses propres affects. C’est le cas de la paranoïa ou de ceux qui « entendent des voix ». Dans une telle optique il y a une interprétation constante du réel qui se projette sur la perception jusqu’à la changer : un paranoïaque va voit tout le monde le regarder, ou le suivre. Il s’agit certes, la plupart du temps, d’abord d’un délire d’interprétation, mais c’est l’ensemble de la perception qui va s’organiser autour de ce délire. Et il ne s’agit plus d’une croyance, mais d’une conviction assurée pour celui qui éprouve une pathologie. La pathologie est même le refus de considérer la possibilité même qu’une perception soit fausse, elle refuse la part de croyance que nous admettons dans la perception courante. D’ailleurs le sens de paranoïa, avant d’être un délire de persécution, c’est « para noiesis », c’est-à-dire une la croyance dans le fait d’avoir une connaissance incontestable qui surplombe toutes les autres. « Dieu », disait Baudelaire  « est un grand paranoïaque ».

 

 

2) La confiance au monde

 

Le doute à l’égard de la perception illusoire ne porte pas sur l’ensemble de la perception. Toute perception recèle en elle-même une part de croyance, de confiance dans le monde, mais elle n’est pas complètement infondée. Une perception engage celui qui perçoit dans un monde sur lequel il parie que les lois qu’il connaît, ou qu’il a inféré auront une constante suffisante : "Percevoir c'est engager d'un seul coup tout un avenir d'expériences dans un présent qui ne le garantit jamais, à la rigueur c'est croire à un monde. (…) Je fais confiance au monde." Merleau Ponty.

 

La première croyance est d’abord « que les objets continuent d'exister quand je ne les vois pas, et par exemple derrière mon dos » Sens et non-sens, tout comme dans le cube je « parie » qu’il y a un cube alors que je n’en vois que trois faces.

 

Mais cette confiance n’est pas une décision intellectuelle, elle est une façon d’exister et de se positionner dans le monde, c’est un « commerce avec le monde » beaucoup plus fondamental. TEXTE