LA VERITE

La vérité pas démarche 1ère.

1er rapport au réel est la confiance ( cf. la perception ou ses jugements ) La question de la vérité est un retour critique: est-ce vrai ? Cette question se pose d'abord au niveau du discours, mais confusion possible.

Véracité: celui qui énonce le discours dit ce qu'il pense être vrai. Vérité: si le discours énonce une vérité indépendamment de ce que pense celui qui l'énonce.

=> On peut mentir et énoncer une vérité.

La vérité se situerait donc dans une conformité du discours à la réalité: dire ce que sont les choses. Deux objets possibles de la vérité: Le sujet lui-même et les objets.

 

I/ EXISTENCE OU NON D UNE VERITE ABSOLUE.

A/ Le scepticisme.

le Pyrrhonisme. Arguments sceptiques:

          La contradiction des opinions. Rien ne permet de se prononcer concernant les sujets métaphysiques, tout a été maintenu et son contraire => Les sceptiques aboutissent à la conclusion qu'aucune vérité n'est accessible. « Et ne fut jamais au monde deux opinions pareilles, non plus que deux poils ou deux grains. Leur plus universelle qualité, c’est la diversité » Montaigne (II, 37, 611).

          La régression à l'infini: Une vérité dépend toujours d'une autre, une preuve n'est jamais définitive, ex de l'enfant qui demande pourquoi sans cesse et à qui on ne peut répondre au bout d'un moment.   « aucune raison ne s’établira sans une autre raison ; nous voilà à reculons jusques à l’infini » Montaigne apologie de Raymond  Sebond, Exemple le plus marquant du concept de cause.

          Nécessité d'accepter des postulats indémontrables: vise surtout les maths: Toutes la géométrie est basée sur quelques postulats pour lesquels je n'ai aucune preuve.

          Le diallèle Je démontre une vérité A par une vérité B et B par A, en fin de compte je ne démontre rien.

Ex: Pour prouver la valeur de ma raison, il faut que je raisonne, que je me serve de cette raison dont la valeur est en question.

          Une affirmation est toujours relative: Relative à un individu( il fait chaud ou froid ) et même relative à son état. La conclusion sceptique est toujours la même: Il est impossible d'atteindre une vérité absolue.

Problème du scepticisme:

Il cherche lui même à énoncer une vérité en tant que position sur le monde, ne serait ce que celle selon laquelle aucune vérité n'est accessible à l'homme. On doit donc accepter que l'on ne puisse faire l'économie d'une recherche de la vérité.

 

B/ L’évidence comme critère de vérité

 

1) La vérité indubitable

Le sujet qui s’atteint lui-même et qui ne peut douter de sa propre existence.

2) Les types d'évidence

Pas de critère extérieur à la vérité elle même qui puisse la qualifier comme vérité. Si on trouvait une garantie de la vérité il faudrait encore que cette vérité soit vraie. " Quelle règle de vérité trouvera-t-on plus claire et plus certaine qu'une idée vraie?" Spinoza Ethique, II,. D'où il suit que le vrai se manifeste par lui même: " La vérité est à elle-même son propre signe. ibid.

Le jugement vrai aurait donc des caractères intrinsèques qui nous permettraient de le reconnaître.

Nom du sentiment correspondant à une vérité reconnue comme telle: L'évidence

Essai de démonstration de l'évidence comme critère de la vérité: au bout d'un cheminent radical consistant à une mise à rejet comme faux de tout ce qui apparaîtrait comme douteux, Descartes parvient à une proposition que même le doute le plus radical, les suppositions les plus folles ne peuvent ébranler.

Cette vérité à la fois indubitable et indémontrable s'affirme comme vérité, donc tout ce qui présentera les mêmes caractères d'évidence, tout ce qui se présentera comme clair et distinct, sera vrai. Nota bene: c'est la rencontre d'une première vérité qui renseigne sur le sentiment d'évidence: " et ayant remarqué qu'il n'y a rien en tout ceci " je pense donc je suis " qui m'assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que pour penser il faut être, je jugeais que je pouvais prendre pour règle générale que' les choses que nous concevons clairement et distinctement sont vraies. » Descartes Discours de la Méthode, IV

Seul critère de vérité: le critère interne d'évidence: " je n'ai pour règle de mes vérités que la lumière naturelle." Descartes lette à Mersenne du 12/10/1639.

3) Critique de l'évidence:

L'évidence n'est pas la certitude: 2 mouvements dans la connaissance

-          Celui où la vérité est aperçue.

-          Celui où elle est jugée comme vérité. Le 2ème mouvement => un retour sur soi , une réflexion où la possibilité de l'erreur est envisagée, où l'on ne se laisse pas aller à l'évidence, ce mouvement est indispensable à la découverte de la vérité.

-          Danger de l'évidence comme critère de la vérité: Les grandes découvertes ne sont jamais apparues comme évidentes, elles sont toujours apparues comme contraires à l'évidence, dans le scandale: L’évidence est plutôt me critère du préjugé ou de l'illusion.

Ce qui parait évident c'est que le soleil tourne autour de la terre, et la découverte de la vérité inverse ne s'est pas imposée comme évidente.

 

II STATUT DE LA VERITE

 

A/ La non contradiction et l'expérience

 

La vérité est inséparable d'un jugement, on pourrait considérer la vérité dans la non contradiction d'un système de jugement.

1) La vérité formelle:

C'est celle qu'identifie la logique, qui détermine la vérité d'un raisonnement uniquement par sa forme.

  • ·         Prendre exemple d'un raisonnement correct avec conclusion fausse: Tous les hommes sont méchants, or je suis un homme donc je suis méchant.
  • ·         Problème : Une conclusion fausse peut être logiquement correcte si elle est correctement déduite d'une majeur fausse dans un syllogisme. La conclusion peut être fausse car les prémisses elles mêmes être fausse.

La vérité formelle ignore donc la réalité, elle est seulement l'accord de l'esprit avec ses propres conventions. Meilleur exemple de vérité formelle: les maths.

  • ·         Ex: la somme des angles d'un triangle rectangle est = à 2 droits est formellement vrai, mais seulement à partir d'un postulat Euclidien, elle serait fausse à partir d'un autre postulat.

Problème de la vérité formelle, ce sont des vérités de raison, mais qui apprennent peu sur le monde, c’est l’accord de l’esprit avec lui-même comme le dit Alain. 

 

2) La vérité expérimentale.

La vérité expérimentale s'accorde avec le réel mais dépend d'une théorie qui ne fait que rendre compte d'un ensemble de faits.

Elle représente toujours une hypothèse et les vérifications expérimentales de cette hypothèse sont toujours provisoires parce que d'autres expériences peuvent venir la remettre en question. Par contre si des expériences viennent contredire l'hypothèse elle est infirmée.

De plus les vérités scientifiques ne sont jamais des vérités absolues, elles permettent d'interpréter, de prévoir les phénomènes mais elle ne dit pas ce qu'ils sont elles sont comme le dit Leconte de Noüy: « des vérités statistiques »

Ex: la loi de Mariotte: quantifie le rapport entre le volume occupé par un gaz et la pression .

Explication par la théorie cinétique des gaz: Le gaz est constitué d'un grand nombre de molécules, chacune se comporte comme un projectile => chocs entre les molécules. La diminution du volume par un piston par ex entraîne une diminution du volume donc une augmentation de la fréquence des chocs, donc une augmentation de la pression.

Mais cette théorie ne nous apprend rien sur le nombre réel des chocs ni sur la nature des molécules. La science expérimentale a donc pour objet le particulier sur des universels mais elle ne peut être le critère de la vérité universelle.

B) La liberté de la chose

Retour au rapport entre le sujet de la connaissance et la chose. La vérité est l’accord de l’esprit avec ce qu’il tente de connaître, c’est ce rapport qu’il faut à nouveau interroger. Toute connaissance a tendance à réduire la chose ou à lui imposer des normes qui lui sont étrangères.

La métaphysique réduit l’être à l’essence c'est-à-dire à la chose en tant qu’elle est immuable, définie, c’est là considérer le connaissable comme plus important que la connaissance Cf. Platon dans le Phédon.

La science est également réductrice, elle réduit une chose à ce qu’elle a de mathématisable à sa mesure cf. « le monde est écrit en langage mathématique » de Galilée.
La science expérimentale elle aussi a un but pratique de compréhension, il s’agit dit Nietzsche « de comprendre de résumer, de schématiser en vue de prévoir, d'imposer au chaos assez de régularité pour satisfaire notre besoin pratique. » Nietzsche: la volonté de puissance.

La vérité consisterait à d’abord prendre en compte la chose sans la réduire à autre chose, ce n’est ni un scientifique ni une définition qui pourra en rendre compte, mais peut-être un artiste. C’est le sens de la parole d’Heidegger (sur laquelle Sartre fit un contresens) : La liberté est l’essence de la vérité

 

 III LA VALEUR DE LA VERITE.

A) La valeur de la véracité

  • Stratégiquement dangereux cf. Machiavel, le politicien n'a aucun intérêt à dire la vérité au peuple, tout comme on a rarement intérêt à dire la vérité à quelqu'un dont on attend quelque chose. "la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageuse à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr" Pascal pensées, Br 375(Pascal croit bien à la vérité mais elle n'est pas de ce monde)
  • Politiquement desastreux pour celui qui est administré: le peuple a besoin de croire en certaines choses, au caractère juste en lui-même des lois par exemple, à la valeur de ses dirigeants, sinon il devient demi-habile, et le désordre s'en suit. de telle sorte que " pour le bien des hommes il faut souvent les piper" Ibid. 294 et " Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes car il n'y obéit qu'à cause qu'il les croit justes" ibid 326
  • Dangereux pour les relations humaines : " je mets en fait que si tous les hommes savaient ce qu'ils disent les uns des autres, il n'y aurait pas quatre amis dans le monde." ibid 101

A l'origine la vérité semble bien avoir eu un intérêt vital pour l'homme. Mais il ne s'agissait pas essentiellement d'une recherche de la vérité, il s'agissait de pouvoir satisfaire un besoin pratique (cf. citation plus haut)

 

 

 B) La vérité et les valeurs vitales

Le but premier de notre recherche de la connaissance aurait donc était, non la vérité mais une prévision dans le but de 'action.

Mais par la suite l'instinct de la connaissance est devenu autonome, une passion que nous n'échangerions jamais contre une illusion même si cette dernière nous rendait plus heureux.

"L'inquiétude de la découverte, de la solution devinée est devenue pour nous aussi séduisante et aussi indispensable que son amour malheureux pour l'amant qui ne l'échangerait jamais contre l'état d'indifférence." Nietzsche Aurore

Mais justement la valeur de la vérité pour le bonheur semble très discutable: Une illusion forte et solide apporterait plus de bonheur qu'une connaissance " de tout temps les barbares on été les plus heureux." Cf. l'illusion qui représente un des arguments majeurs en faveur de l'existence: l'art.

Inversement certaines vérités représentent eut être un danger que seul un esprit vigoureux pourrait supporter. La vigueur d'un esprit se mesurerait à la dose de vérité qu'il pourrait supporter.

Il faut donc changer notre rapport à la vérité, ne pas juger une idée simplement par son adéquation à ce qui est mais aussi par l'avantage qu'elle représente pour la vie:

«  Qu’un jugement soit faux n’est pas, à nos yeux, une objection contre ce jugement. […] Il s’agit de savoir dans quelle mesure un jugement aide à la propagation et à la conservation de la vie, à la conservation, peut-être même à l’amélioration de l’espèce."  Nietzsche, Par-delà le bien et le mal

Cependant cela omet la valeur vérité, la lucidité comme exigence humaine, exigence de conscience Une doctrine dont la finalité est le bonheur, ou le salut, la béatitude, peut être une religion, une sagesse. Elle n’est pas une philosophie." Marcel Conche, Le sens de la philosophie, Encre marine

 

Conclusion 

On peut retenir la véracité, c'est-à-dire la bonne intention du locuteur. En ce qui concerne l’adéquation de l’esprit à la chose, la vérité est une quête plus qu’une possession : la vérité logique est simplement formelle donc stérile, la vérité expérimentale nous permet surtout d’avoir une prise sur le monde, et de trouver des approximations mathématiques pour lui donner une cohérence. Il est donc nécessaire dans la recherche de la vérité de repenser le rapport de l’esprit à la chose et de privilégier cette dernière dans une démarche qui ne serait pas une réduction.
En ce qui concerne la valeur de la vérité, on ne peut s’en tenir au seul pragmatisme qui subordonnerait cette valeur à autre chose que la vérité elle-même. La vérité doit parfois être accompagnée de discernement dans sa diffusion mais elle reste la valeur philosophique par excellence.

 

Notes

Nous n'avons le choix qu'entre des vérités irrespirables et des supercheries salutaires. Les vérités qui ne permettent pas de vivre méritent seules le nom de vérités. Supérieures aux exigences du vivant, elles ne condescendent pas à être nos complices. Ce sont des vérités " inhumaines ", des vérités de vertige, et que l'on rejette parce que nul ne peut se passer d'appuis déguisés en slogans ou en dieux." Émile Cioran, Écartèlement

Note sur critique Heideggérienne de la vérité scientifique

 A partir de la distinction entre le niveau ontique (empirique, concret et objectivant) des phénomènes et le niveau ontologique de la saisie de l'Etre, Heidegger propose une critique radicale (sur le plan ontologique) de la science.
Dans son étude de la nature la science se contente, en effet, de réifier et d'objectiver les "étants" qu'elle a devant elle. Elle ne voit que des objets sans se rendre compte qu'elle voile ainsi la compréhension de l'Etre, c'est-à-dire de ce par quoi il est possible de dire que les "étants", les objets de la nature, sont.
Alors qu'elle se trouve face à de l'Incontournable, de l'Etre, la science ne voit que des choses qu'elle pense être parfaitement lisibles. Elle se trompe en objectivant ce qu'elle voit et demeure dans ces conditions dans ce que Heidegger nomme " l'oubli de l'être ". Cette conception différenciée des objets de la science et de l'ontologie fondamentale conduit Heidegger  à affirmer que " la science ne pense pas " (pour Heidegger en effet, penser est synonyme de " rester dans le sillage du questionnement et de la contemplation de l'Etre ").

"On définit la vérité par la conformité de l’intellect et du réel. Connaître cette conformité, c’est connaître la vérité." (Veritas est adæquatio intellectus et rei.) > Thomas d’Aquin, Somme théologique (XIIIe s.),