PRESENTATION DE LA PHILOSOPHIE


Etymologie
- Opposer amour de sagesse à sagesse. L'amour de la sagesse implique un dynamisme, une quête. La philosophie constitue également une modestie : le terme est attribué à Pythagore (VI siècle BC) par certains (J.F. Mattei), à Héraclite par d'autres commentateurs (P.Hadot), mais c'est le refus de s'attribuer à soi-même le qualificatif de sage. 

La sagesse est une conception déterminée du monde et une discipline pour l’insertion à l’intérieur de ce monde.
Cf. Bouddhisme ou stoïcisme.
- Analyse sagesse : 2 aspects Action
           Action, partie de la philosophie morale et pratique. Cf. Stoïciens ou épicuriens. Sera considéré dans les cours sur le devoir et le bonheur. Mais ce n’est pas le seul aspect de la sagesse. Par exemple quelqu’un qui se conduit de façon plus que correcte peut être appelé un héros, il n’en est pas pour autant un sage. Il lui manque le savoir Cf. Descartes : «  par la sagesse on n'entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir »
           Savoir , connaissance, forme la plus courante de la connaissance : Science. Proximité voire fusion antérieure entre science et philo.
Recherche du contraire de la connaissance : ignorance.
La pire ignorance consiste à ignorer son ignorance. Ce degrès le plus bas de la connaissance, Platon la nomme une opinion (il y a bien entendu d'autres types d'opinion).
C'est le sens de la parole de Socrate : "Je sais que je ne sais rien. "Il faut préférer la conscience de l’ignorance à l’illusion de la possession d'une certitude. “croire savoir ce qu'on ne sait pas, voici donc l'ignorance qui cause des maux, l'ignorance coupable " Alcibiade 118b On peut dire que même lorsqu’elle a raison l’opinion a tort, parce qu’elle n’a raison que par hasard et que rien ne fonde, en raison son jugement. Il vaut mieux avoir intelligemment tort que bêtement raison.

Illustration sonore possible texte "ignorance et savoir" 

http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Socrate_N'aRienEcritMais.htm#_ftn8

=> plan :         Etude du rapport de la philosophie avec son contraire, l'opinion puis étude du rapport avec ce dont la philosophie est le plus proche: le savoir et la science


I OPINION ET PHILOSOPHIE

A/ Une proximité apparente

- L’opinion, c’est ce que pensent les individus qui n’ont pas pensé. Elle n’a pas un rapport avec toute connaissance. Par exemple aucun rapport avec la mécanique quantique, avec les connaissances scientifiques en général.
- Omniprésence des préoccupations philosophiques dans l’opinion en revanche :
* les mots liberté démocratie, bien, mal, etc. font partie de l'univers quotidien.
-  Les affirmations de l’opinion concernant des notions ne sont  pas de la philosophie  Pour ceux qui émettent ces opinion elles ne posent pas problème.
Le monde quotidien est celui de l'affirmation et du familier.
Face à un problème philosophique, le sens commun (c’est-à-dire l’opinion impensée) considère qu’il n’y a pas de problème, ou que les réponses sont évidentes.

 


B) Une opposition réelle entre philosophie et opinion

1)  la philosophie = étonnement
cf. Socrate dans le Théetète «  la philosophie est fille de l'étonnement ».
- Le sens commun ne s'étonne de rien, pour la philosophie, tout est étonnant:
ex: L'homme parle sans considérer qu'il est étonnant d'avoir la possibilité de traduire ses pensées, sans se demander si ce qu'il pense va être correctement exprimé par un système de signes

2) Philosophie = questionnement.
L'opinion ne " se pose pas de question. A l'inverse la philosophie est questionnement perpétuel.
Pour elle, rien ne va de soi, ni le beau, ni le vrai, ni le bien.
Contrairement au jugement populaire qui suppose connu les mots qu'il emploie la philosophie cherche ce que sont les choses.
Le questionnement est donc un moyen de connaissance, qui justement oppose la philosophie et l'opinion mais c'est également un moyen pédagogique.

3/ Illustration par l’ exemple :

Socrate dans Le  Ménon  demande ce qu'est la vertu. Ménon répond par la vertu d’un homme : administrer des affaires publiques, faire du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, par la vertu d’une femme : gouverner la maison, être soumise à son mari (72a)

Socrate répond ironiquement qu’il ne demandait qu’une vertu et qu’on lui en donne un essaim.
Ménon donne alors une définition générale (73d) La capacité de commander aux hommes.
Socrate montre que ce n’est ni la vertu d’un enfant, ni celle d’un esclave.
Ménon essaie alors autre chose : la vertu consiste « à se plaire aux belles choses et à pouvoir se les procurer » (77c)
Mais Socrate montre que se procurer de l’or ou de l’argent, qui sont des bonnes choses, de façon injuste ne correspond en rien à la vertu.
C’est un exemple de l’ironie Socratique.


- Dans un autre dialogue (La république) Socrate demande à Polémarque ce qu’est la justice. Ce dernier répond que c’est « faire du bien à ses amis et faire du mal à ses ennemis ». République I, I,[334b]
Socrate montre alors qu’il serait injuste de faire du mal à un ennemi juste.
Plus généralement Socrate montre, de façon très moderne, l'injustice de tout mal commis : faire du mal  à un humain ne le rend jamais meilleur mais pire. Comme un homme bon ne peut par sa vertu, rendre un autre homme méchant, un juste ne peut rendre un autre homme plus injuste qu'il n'était . « Ce n’est pas l’œuvre de l’homme juste que de nuire, ni à son ami ni à quiconque, mais c’est au contraire, l’œuvre de l’homme injuste » République I,  335d

Analyse de l'exemple:

Erreur de Ménon :
- Rapidité de la réponse. Signe souvent, mais pas toujours de l’irréflexion. Une réponse rapide peut être aussi le résultat d’une pensée antérieure.
- S'en tenir uniquement à l'exemple, de confondre un exemple de courage avec la définition du courage.
Dire ce qu'est une chose c'est définir
- On peut définir en extension: donner la liste exhaustive de ce qui est concerné par le concept ( un homme c'est 2 bras 2 jambes etc.
- Ou bien définir en compréhension = donner les limites exactes d'application du mot, donner une explication qui puisse valoir pour toutes les occurrences où le mot est employé: définir par genre proche et différence spécifique par exemple: Homme = animal sans plume.
- Cette attitude est caractéristique de l'opinion qui ne peut pas s'élever du particulier au général
La philosophie lutte donc contre l'opinion parce qu'elle cherche à connaître la définition des choses, ce qu'elles sont. A éviter la confusion, par exemple entre le courage et la ténacité
- Méthode de Socrate

L'enseignement de Socrate
Il n'a rien appris au sens propre à Ménon, dans le sens où il ne lui a pas transmis un savoir
il lui signifie simplement que ce qu'il croit savoir, il ne le sait pas.
Il le fait réfléchir, d’ailleurs Socrate ne se prétendait pas détenteur d’un savoir mais « accoucheur d’âmes » Illustration sonore possible : Pourquoi nul n'est plus sage que Socrate 

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C) La philosophique comme entreprise de réflexion

 


1) Explication caractère métaphorique de la réflexion.
La réflexion c'est donc revenir sur ce que l'on croyait être évident
c'est pourquoi aussi la philosophie s'oppose à l'opinion qui admet toujours tout comme évident cf. Nietzsche: " Le grand credo de l'opinion c'est la valeur en soi des valeurs. "
            On peut par exemple être moraliste, partir de principes tels que «  le bien est le respect des personnes », en déduire que toute personne est alors une fin et jamais seulement un moyen, condamner par là toute instrumentalisation de l’homme, en déduire une nécessaire réforme de toute ségrégation etc. Puis, tomber sur quelqu’un qui nous demandera de revenir sur ce qu’on avait antérieurement considérer, de nous interroger sur la définition du Bien

- Faire de la philosophie c'est alors effectuer un acte au sens propre, c'est ce proposer une tâche qui ne peut se déléguer
«  On ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu'apprendre à philosopher » .Kant
- Là est la grande spécificité de la philosophie: elle ne constitue pas un ensemble de théories constituées, ( comme la géométrie par exemple ) qui groupées ensemble formeraient La philosophie, c'est en vertu de cette spécificité que l'accusation de contradictions porte à faux: il peut y avoir des démarches différentes, l'important est moins leur conclusion que l'originalité de ces démarches.

Philosophie ecole de liberté
- C'est pour cela aussi que l'on a besoin de la bonne volonté: on peut obliger quelqu'un à apprendre une formule de mathématique, on ne peut jamais le forcer à réfléchir.
La philosophie est donc essentiellement recherche et elle peut être condamnée à n'être que recherche. Cependant ce statut apparemment humble, elle le revendique pour toute autre discipline

2) Détermination du véritable contraire.
- Opposition plus grande encore aux formes péremptoires ou violentes de l’opinion que sont le dogmatisme et le fanatisme.

Le dogmatisme n'est pas toujours condamnable, lorsqu'il est la détermination des conditions, Pascal se disait à la fois "pyrrhonien, géomètre, chrétien" et il disait que ces  qualités  "s'accordent et se tempèrent, en doutant où il faut, en assurant où il faut, en se soumettant où il faut " Pensées XIII, 2 

 

En revanche, le dogmatisme s’oppose à toute philosophie lorsque le dogme est présenté comme la seule vérité possible "Aujourd'hui, après la parution du capital, la conception matérialiste de l'histoire n'est plus une hypothèse mais une vérité scientifiquement démontrée." Lénine ce que sont les amis du peuple. Exemple politique de dogmatisme péremptoire, on peut également trouver des exemples religieux de la même ignorance de son ignorance  : En 1910, le pape Pie X tient ces regrettables propos  : : « Dieu, dit-il, peut être connu, et par conséquent aussi démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c’est-à-dire par les ouvrages visibles
de la création, comme la cause par ses effets. »


 Dans ce cas la recherche de la vérité se dégrade en illusion de possession de la certitude. Différence entre le dogmatisme et le fanatisme :
 La violence
- La philosophie peut être utilisée par le fanatisme et le dogmatisme (Cf. Marx par Lénine et Staline), mais ce n’est plus faire de la philosophie c’est apprendre une philosophie
" La philosophie se trahit elle même lorsqu'elle dégénère en dogmatisme, c'est à dire en un savoir mis en formule définitif, complet. Faire de la philosophie c'est être en route,; les questions en philosophie sont plus importantes que les réponses et chaque réponse devient une nouvelle question.Karl Jaspers Introduction à la philosophie.

Exemple d'une incompatibilité entre Philosophie  et dogmatisme :
Un philosophe peut être religieux mais jamais dans l’acte philosophique. Descartes demeure chrétien, mais dans le doute qui fonde sa démarche il ne pourrait supposer comme évidente l'existence de Dieu. 
- Loin donc d'être un ensemble de savoirs paradoxaux parce que souvent contradictoires, la philosophie est une épreuve de recherche et l'histoire de la philosophie, l'histoire de cette recherche, non la collection de savoirs sans rigueur puisque sans cohésion.
- De même, loin d'être éloignée de la réalité à laquelle ramènerait seule des conceptions moins complexes, la philosophie est au coeur de la réalité: Elle s'interroge sur les problèmes de la vie quotidienne, la justice, la technique, la science. Si elle paraît être éloignée des choses c'est parce qu'elle cherche à savoir ce qu'elles sont.

- Cependant il existe d'autres disciplines de recherche, d'autres tentatives pour comprendre le monde.-> les sciences. Nécessité en conséquence d'examiner le rapport entre la philosophie et les autres entreprises de recherche:

II LA PHILOSOPHIE ET LE SAVOIR

La connaissance scientifique apporte des notions plus précises et des réponses apparemment plus définitives. Elle apporte un savoir.

A) Différence de contenu.

1) Aspect partiel et abstrait de la science
- Cependant elle reste toujours partielle et abstraite. D’abord parce que la science concerne toujours le mesurable, elle considère par exemple non pas la couleur mais des ondes.
- La philosophie est concrète parce qu'elle prend en compte l'ensemble du réel: La science explique pourquoi tel phénomène se produit plutôt que tel autre, la philosophie pose la question " pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? "

2) Présence de postulat dans la démarche scientifique
De plus elle interroge le monde avec un ensemble de présupposés, de postulats (système Algébrique) et elle ne peut se permettre de remettre en question ses outils: Un mathématicien qui s'interroge sur l'existence des nombres ne peut en même temps découvrir de nouvelles propriétés des nombres.
           Lorsque la science effectue cette remise en question, elle réfléchit sur elle même. Mais alors cela n'est plus de la philosophie, c'est de la philosophie des sciences qui porte un nom: l'épistémologie.
- Extension de la philosophie:
Tout ce qui est réflexion est philosophie
Exemple: un juriste qui réfléchit sur la nature des lois est aussi un philosophe
- Modestie philosophique:
Elle n’appartient à personne, elle n’est pas le privilège d’une caste, il arrive que des non professionnels soient les meilleurs.
Conclusion  La philosophie est donc une recherche plus radicale et plus complète que la démarche scientifique.

B )  Différence de réponse et de questionnement.
            
1) Prédominance en Philo des questions sur les réponses.
La science cherche surtout à obtenir des réponses :

-          Ou la science pose des postulats et déduit des théorèmes.

-          Ou elle pose des hypothèses, effectue des expériences et ensuite travaille par déduction dans le cadre qui lui est propre.


La philosophie cherche surtout à poser des questions, à remettre en question un cheminement antérieur.

Mais surtout

2) différence entre les questions et réponses scientifiques et philosophiques.

           a) Radicalité différente
- La science aussi se pose des questions et, comme en philosophie, tout scientifique génial est quelqu’un qui s’est posé des questions qu’on ne s’était pas posé auparavant.

Exemple : Que suppose l'existence d'espèces différentes sur une île isolée comme les Galápagos ?
Cependant
- Pas de questionnement de la science sur elle-même.  Pas de réflexion critique sur son propre savoir. Cf plus haut : La réflexion de la science sur ses méthodes et son statut  n’est pas de la science mais de la philosophie.
Le questionnement scientifique ne concerne que son domaine propre, ce n’est pas un questionnement radical.
L’effort philosophique est un effort de radicalité, la meilleure philosophie est celle qui pose la question radicale. Et dans le domaine du savoir une des plus radicales est " que puis-je connaître".


b)  Pas d’extension du  questionnement scientifique :

Dans les déductions  scientifiques on ne pose pas  la question des conséquences possibles de ces découvertes
La science reste muette sur les conséquences sociales ou écologiques, elle reste muette surtout sur l'opportunité de telle application, sur la finalité de ses actes, elle dit ce que l'on peut faire, pas ce que l'on doit faire. Seule la réflexion peut proposer des fins
La Philosophie, elle, pose la question " que devons-nous faire " en posant la question des valeurs
Le domaine de cette interrogation dépasse le seul domaine scientifique, il est lié à toute existence humaine

C'est cette différence de démarche qui a conduit Heidegger à énoncer cette formule : "la science ne pense pas". Il aurait peut-être diplomate d'ajoute qu'en revanche les scientifiques, eux, pensaient bien souvent et qu'ils étaient même souvent les meilleurs penseurs de leurs domaine, mais que lorsqu'ils le faisaient, ils effectuaient un travail philosophique.
Conclusion: la philosophie s’étend donc à tous les domaine et parvient à les confronter.


III IMPORTANCE PERSONNELLE DE LA PHILOSOPHIE0

1) La maîtrise du savoir et des convictions
- La philosophie permet donc non seulement de comprendre le statut d’une recherche et ses conséquences mais elle permet aussi maîtriser les croyance personnelles:
Sans la philosophie, la morale individuelle n'est que la reproduction ou l'inversion d'une morale assimilée ( la révolte est là encore une seconde servitude)
- La réflexion pousse à se demander, non pas seulement
«  Est-ce que ce que je fais est bien ? »  Mais aussi :
« Est-ce que ce que je considère comme bien l'est véritablement? »
- ce qui amène la question : «  qu'est-ce qui est bien » à réfléchir sur les principes.
Elle transforme ainsi une opinion en une conviction, en un résultat de pensée

- C'est en ce sens que la philosophie est une école de liberté, elle apprend à agir selon ses propres lois, à être au sens propre autonome.

Différence entre l'acception commune des principes et la considération philosophique:
Un principe c'est ce qu'on pose en premier, Il fait appel à la réflexion.
Une personne qui normalement affirme: " j'ai des principes " affirme cela pour couper court à une argumentation, , c'est un individu dont les conviction sont des réactions, non des décisions.
Affirmer: "J'ai des principes c'est ne pas en avoir.

2) Statut de la philosophie:
Aussi ne peut-on pas dire que la philosophie n'apporte pas de réponse, encore moins dire qu'elle n'apporte rien.
- Elle permet de saisir la complexité des problèmes: Elle ne va pas répondre par exemple de but en blanc à la question " l'homme est-il libre " avant d'avoir par exemple distingué la liberté politique, l'autonomie, l'indépendance.
La philosophie permet donc de connaître la complexité du monde et des problèmes qui assaillent l'homme et de les traiter logiquement. Elle enrichit le monde
Elle permet donc d'éviter certaines erreurs: On ne peut pas dire par exemple en philosophie si Dieu existe ou non mais on peut affirmer qu'il est impossible de démontrer ou son existence ou son inexistence.
Mais elle permet aussi, lorsqu'une question n'est pas de l'ordre du connaissable, d'en comprendre la complexité et les implications ( par exemple les implications sociales du fait religieux, son rapport avec le sacré etc. ) et de choisir en connaissance de cause, de remplacer l'irréflexion de l'opinion par la conviction réfléchie.

Conclusion
La philosophie commence donc par un rapport autre que le rapport immédiat au monde, que la confiance. c'est cela l'étonnement.
Elle se poursuit par un retour sur ce que l'on croyait, par une réflexion.
Cette réflexion se mène par une remontée vers les principes, une compréhension de tout ce qu'implique l'énoncé d'une proposition. Il existe bien une autre recherche procédant d’une façon analogue Mais l'originalité philosophique de cette remontée se situe surtout dans sa radicalité