L'INTERPRETATION

Polysémie de l’interprétation

Originellement réservé aux textes religieux.
Mais : Interprétation aussi d’un titre musical

Interprétation d’un texte de lois, (= application de l’esprit de la loi au cas particulier)

Interprétation des signes, (vol des oiseaux, position des planètes etc.)

Interprétation des rêves.

Comparaison avec la compréhension : La compréhension, comme l’explication est univoque, elle est de l’ordre du scientifique. L’interprétation a une multivocité. Une interprétation n’en chasse pas une précédente.

  • ·         question : Qu’est-ce qui fait qu’une interprétation sera meilleure, plus exacte, plus pertinente, qu’une autre ?

 

I L'OBJET DE L INTERPRETATION

A) Spécificité du signe à interpréter

1) Opposition du signal au signe

Un signal (feu rouge par exemple) nu signe. e demande aucun temps pour être interprété. Il suscite un comportement, pas une réflexion.

Un signe ne suscite pas un comportement mais révèle un sens.

2) Spécificité du signe à interpréter.

Tout signe ne demande pas une interprétation : Le signe mathématique n’en demande aucune, non parce qu’il est suscite un comportement mais parce que son sens n’est pas sujet à discussion, il est univoque.
Seul le signe équivoque est donc objet de l’interprétation.
Il faut une obscurité, une ambiguïté pour que le signe nécessite une interprétation.

L’objectif de l’interprétation c’est de vouloir faire disparaître l’ambiguïté ou l’obscurité, donc d’aller vers une univocité.

Dans ce sesn le jugement aussi est une interprétation. Si on dit « j’ai vu telle personne sortir d’un sex. shop » c’est un fait. Si je dis : « C’est encore un pervers qui fréquente ces boutiques dégoûtantes », c’est un jugement. L’évaluation, le jugement de valeur, est également de l’ordre de l’interprétation.

 

B) Interprétation comme déchiffrement.

 

Interpréter = vouloir déchiffrer le réel qui n’apparaît pas comme immédiatement évident. C’est alors considérer qu’il y a du mystère dans le monde, et qu’on doit le faire passer dans un langage.
C’est pourquoi lorsqu’on demande un traducteur on demande aussi un interprète

2 types d’obscurité invitent à l’interprétation :

- L’obscurité des faits.

Une configuration astrale, un rêve, un symptôme dans une maladie. On considère que ces faits doivent avoir une interprétation, qu’ils ont en droit un sens, mais que dans les faits, ce sens nous échappe. Le phénomène est alors hermétique : Il demande le travail d’interprétation pour restaurer le sens. Distinction : Interpréter n’est pas alors expliquer.

- obscurité construite : Celle du mythe ou du poème. On parlait par exemple « d’Héraclite l’obscur » parce qu’il s’exprimait par aphorisme. Par sentences qu’il fallait interpréter. De même Nietzsche.

Intérêt de l’obscurité construite : Elle se réfère à un sens trop complexe pour le seul langage. Tchouang Tseu disait par exemple que « celui qui sait ne parle pas et celui qui parle ne sait pas. »
Dans la philosophie chinoise l’obscurité vient du fait que l’aphorisme se réfère à un sens difficilement communicable ou transmissible. L’expérience par exemple.

 

- Conséquence l’interprétation comme élucidation. Evincement de l’interprète.

Il s’agit donc de trouver un sens qui d’abord se refuse, d’effectuer une enquête. On dit par exemple d’une œuvre, qu’elle résiste à l’interprétation ( cf. l’hermétisme Mallarméen par ex.) c'est-à-dire que son sens est particulièrement difficile à déchiffrer.

Mais on postule cependant que le sens existe bien. L’absurde ( ce que l’on reproche parfois d’ailleurs aux critiques d’art ) serait de trouver du sens là où il n’y en a aucun.

L’interprète doit donc s’effacer devant l’interprétation afin de trouver le sens le plus pertinent de la chose à interpréter.

 

- Inversement nécessaire investissement de l’interprète.

Interpréter veut cependant dire autre chose : Jouer, c'est-à-dire que l’interprète doit, là, développer l’œuvre à partir de sa propre subjectivité. Donc paradoxe de l’interprétation : A la fois désimplication pour restituer le plus fidèlement possible le sens implicite et à la fois nécessaire implication d’une subjectivité qui s’empare de l’objet et le joue.

 

II L'INTERPRETATION ET LA COMPREHENSION

 

Différence entre l’interprétation délirante et l’interprétation sensée. Superstition :

 

A ) La projection inconsciente des peurs

 

Réinterprétation constante de la réalité par une projection de ses propres peurs.

Lorsqu’un esprit est hanté par la peur de la mort, il verra partout des signes de sa fin prochaine : Toute circonstance sera un message pour lui signifier le danger. Toute la perception est alors orientée par un ensemble de projections.

On est dans le registre de l’imagination et de l’illusion qui surimpose à la perception ce qu’elle tire de son propre fond.

L’inconscient crée alors lui-même des représentations qui interprètent la réalité en fonction de mes peurs. Je perçois un porte manteau par exemple, mais dans ma perception floue et avec un subconscient délicat, je vais considérer que je vois un monstre.
Si la base émotionnelle disparaît il n’y a plus d’interprétation délirante de la réalité.

L’illusion est alors toujours une interprétation.

 

B) La projection inconsciente des désirs :

 

Je peux également interpréter la réalité, non dans un sens qui me serait défavorable mais dans celui qui réaliserait mes désirs.
- Interprétation d’un sens là où il n’y en a aucun : L’amoureux voit des signes de la réciprocité ou de l’irréciprocité dans des attitudes ou des paroles de l’autres qui sont à proprement parler, insignifiants.

 

C) la projection de l’habitude perceptive

 

Il n’y a pas d’ailleurs, dans le champ de cette illusion que le désir et la peur qui interprètent la réalité. Il y a également mon habitude perceptive.

On fait soupeser deux tubes volume différent, poids =. Les plus gros paraissent toujours moins lourds. Explication :
- Normalement les + gros objets sont plus lourds.
- L'entendement s'attend à ce que les + gros soient + lourds.
- Cpdt l'impression ne donne rien de tel.
- Donc retour sur le jugement qui interprète la perception: Les + gros semblent + légers. Ici c'est l'entendement qui est en question : les yeux bandés l'illusion disparaît.

Même chose pour les mirages : Normalement le reflet indique la présence d’eau. Mon entendement interprète donc la présence d’un reflet dans le désert comme la signe d’une présence d’eau.

 

D) Le délire d’interprétation.

 

Terme de la psychopathologie qui décrit le fait de transformer totalement le monde en un univers de signes orientés par une grille d’interprétation précise. Cas limite et typique : La paranoïa « Les paranoïaques présentent dans leur attitude ce trait frappant et généralement connu, qu'ils attachent la plus grande importance aux détails les plus insignifiants, échappant généralement aux hommes normaux, qu'ils observent dans la conduite des autres ; ils interprètent ces détails et en tirent des conclusions d'une vaste portée. Le dernier paranoïaque que j'ai vu, par exemple, a conclu à l'existence d'un complot dans son entourage, car lors de son départ de la gare, des gens ont fait un certain mouvement de la main. Un autre a noté la manière dont les gens marchent dans la rue, font des moulinets avec leur canne, etc. ».

Le paranoïaque interprète tout geste, toute parole comme le signe d’un complot orienté contre lui. Il est incapable de relativiser son interprétation, il pense bien sûr qu’il est plus intelligent que tout le monde, y compris d’ailleurs que le docteur chargé de le soigner.

Problème dans ce cas : Qu’est-ce qui distingue de façon certaine la différence entre la perception normale et la pathologique ?

La possibilité justement de considérer des actes comme hasardeux, non significatifs. « Alors que l'homme normal admet une catégorie d'actes accidentels n'ayant pas besoin de motivation, catégorie dans laquelle il range une partie de ses propres manifestations psychiques et actes manqués, le paranoïaque refuse aux manifestations psychiques d'autrui tout élément accidentel. Tout ce qu'il observe sur les autres est significatif, donc susceptible d'interprétation »

Autre problème : Dans ce cas la psychanalyse elle-même pourrait être du même ordre puisqu’elle applique à tous les actes, même les actes « manqués », même les lapsus qui ne nous paraissent qu’un défaut de prononciation, la grille interprétative de la sexualité infantile.
La réponse de Freud c’est que justement on peut considérer une valeur universelle, d’après un matériel et des expériences éprouvées, la grille de la sexualité infantile. Il s’agit d’une découverte, pas d’un délire ; alors que pour le paranoïaque : « ce qui enlève à sa connaissance toute valeur, c'est l'extension à d'autres de l'état de choses qui n'est réel qu'en ce qui le concerne lui-même ».

Cependant, même avec une grille de lecture correcte, il faut une adaptation de la grille de lecture à l’individu particulier. Nous savons par exemple que l’interprétation des rêves est particulièrement difficile dans la mesure où tous les symboles, même s’ils répondent souvent à la même grille, appartiennent à l’histoire personnelle du sujet. Que, par ailleurs, déjà dans le discours du rêve

 

E ) Extension de l’interprétation

Totue la connaissance n'est cependant, elle-même qu'une interprétation, et lorsqu'il s'agit de connaissance scientifique, qu'une interprétation mathématique d'une réalité, qui, en tant que telle ne pourra jamais être "comprise" dans et par un sujet. Il s'agit, comme le dit Nietzsche «  d'imposer au chaos assez de régularité pour pouvoir prévoir ». Interprétation dans l’ordre de la magie, extension délirante d’une intention ou d’un ordre dans le hasard.

III L'ART DE L'INTERPRETATION

A) La relecture des textes

 

1) Découverte d'une signifiacation nouvelle.

 

signification nouvelle à des texes qui admettent une explication classique.

L’herméneutique. Ce n’est pas dans l’ordre de la perception, mais dans l’ordre de la lecture qu’elle se déploie.

L’interprétation suppose que la seule lecture n’est pas satisfaisante, qu’il faut dans ce cas là une lecture supplémentaire. La subjectivité doit intervenir, mais surtout partir de l’étonnement à la rencontre d’un texte et laisser à l’intelligence le soin de relever un sens nouveau du conte.

Cf. L’interprétation des contes de fées par Bettelheim : Le pécheur et le génie.

L’interprétation montre la nécessité de la persévérance, la possibilité pour un faible de vaincre par la ruse même le plus puissant.
Mais Bettelheim donne une interprétation nouvelle : L’écho chez l’enfant de son impatience, de ce passage de l’adoration de l’absent à la colère à son égard.
Cf Aussi Barbe Bleue et son explication par Rosset

 

Problèmes de l’herméneutique :

Ne pas trahir le texte original : Considérer par exemple La république comme un

texte politique mettant en valeur la lutte des classes, serait un réelle trahison.

En philosophie on réclame souvent de revenir au texte même. Il est fréquent par exemple dans une dissertation d’employer les termes d’un commentateur pour parler d’un auteur (valable surtout pour Nietzsche et Deleuze)

Ce problème se double d’un second : Où trouver les critères permettant de considérer la pertinence, voire la correction d’une interprétation.

-> Aucun critère en ce qui concerne les signes naturels. Que telle configuration astrale soit le signe de tel ou tel évènement, seul l’avenir pourra confirmer ( ce qu’il infirme souvent) la correction de l’interprétation. Quand on est voyant, on peut dire n’importe quoi et dans le domaine l’appel à une éthique de la pratique des sciences occultes laisse rêveur. La seule éthique serait d’empêcher l’extorsion de fonds. Il faut alors tout simplement privilégier l’explication scientifique sur l’interprétation.

 

B) Le problème de l'exegése

 

1) Problèmes inhérents aux textes

 

Dans le domaine, problème historique de l’interprétation de la bible. L’interprétation fait référence à une autorité capable d’interpréter de façon correcte.
- D’une part parce que les textes sont en eux-mêmes des écrits qui se présentent comme devant faire appel à une interprétation. Les paraboles sont justement des textes de cet ordre.

- D’autre part parce que, plus tardivement, les écrits qui se présentaient comme historiques ont rencontré trop de contradiction avec les vérités scientifique pour continuer à se présenter comme des vérités au sens littéral.

Dans tous les cas, pour l’église, il est exclu que le fidèle ait recours à sa propre individualité pour interpréter les textes. C’est ainsi, pour l’église que se constituent les hérésies, c'est-à-dire les fausses interprétations. L’hérétique n’est pas un incroyant, c’est l’individu dont l’interprétation des textes est en contradiction avec l’interprétation officielle.

2) Hérésie et pouvoir

L’hérésie n’est pas simplement un problème d’interprétation. Nombreux furent les individus torturés et brûlés vifs pour avoir par exemple reproché à l’église la contradiction entre le luxe qu’elle affichait et la pauvreté clamée dans l’évangile. Par exemple Andréani brûlé vif avec sa femme et sa fille sur la place de Pise par ordre du pape Grégoire XIII ( 1572).

C’est donc d’abord un problème d’autorité, voire d’intérêt : La première peine pour un hérétique étant la confiscation des bien au profit de l’église…

 

Hérésie et herméneutique

Mais c’est aussi un problème théorique d’interprétation. Par exemple l’Arianisme ( <- Arius) condamné au concile de Nicée en 325 soutenait que d’après les évangiles le christ ne pouvait être la même personne que le père puisqu’il en était issu. Il était donc le fils de Dieu, un ange premier en quelques sortes, mais pas le père lui-même ( ce que soutiennent encore les témoins de Jéhovah d’ailleurs).La maîtrise de l’interprétation confère alors un pouvoir considérable, et c’est ce pouvoir que remettra en cause la religion réformée.

 

4) La réforme

En prétendant que l’interprétation est inutile parce que les textes se comprennent de façon littérale.

« Le point de vue de Luther était à peu près le suivant : l’Ecriture sainte est sui ipusus interpretationes. On n’a pas besoin de tradition pour en acquérir une juste compréhension, pas plus qu’on a besoin d’un art de l’interprétation dans le style de l’ancienne doctrine du quadruple sens de l’écriture, car le libellé de l’Ecriture comporte un sens univoque, le sens litteralis, qui se laisse comprendre à partir d’elle ». Hans Georg Gadamer.

Ou en considérant que les problèmes rencontrés par le fidèle pouvaient se régler dans un rapport personnel avec Dieu et donc sans l’intermédiaire d’une église qui avait montrer, selon eux, davantage sa volonté de pouvoir que sa volonté de promotion évangélique.