AUTRUI

INTRO:

Paradoxe inhérent à l'appellation d'autrui

Considération du problème d'autrui en lui même Analyse d'autrui: Le semblable, l'autre.

Position du problème: Autrui est-il mon semblable et dans ce cas qu'est-ce qui me permet de le reconnaître comme tel ?

Autrui est-il un autre ? Mais dans ce cas il ne pourra l'être que sur un mode très particulier car il ne pourra être "autre chose" mais bien un autre moi, ce que je suis et ce que je ne suis pas, il faudra alors expliquer cette contradiction et expliquer mes rapports avec cet autre que moi.

 

I DU MOI ISOLE A AUTRUI.

       

A/ Solitude

 

       

1) Isolement.

 Isolement existentiel La souffrance, vanité de l'expression : " Je partage votre douleur " partage impossible La mort: Même dans des conditions privilégiés et rares, ma mort est incommunicable Isolement rationnel Descartes Med Mphi Impossibilité à admettre la réalité de ce qui ne se rapporte pas à soi. Conséquence logique: le sadisme: autrui = un objet extérieur, ce qui lui arrive est indifférent: «  La multitude la plus étendue des lésions sur autrui dont je ne puis physiquement rien ressentir ne peut se mettre en comparaison avec la plus légère des jouissances achetées par cet assemblage inouï de forfaits. La jouissance me flatte, elle est en moi, l'effet du crime ne m'affecte pas, il est hors de moi. » Sade

 

2) Solitude rationnelle

« Quoique les choses que je sens et que j'imagine ne soient peut-être rien du tout hors de moi "et en elles-mêmes", » Descartes méditation 3 Comme on l’a vu dans le cours sur la Conscience, mon existence est indubitable. Celle des autres en revanche n’a que la probabilité de mes objets de conscience.

 

 

B) Insuffisance de l’accès rationnel à l’autre

 

1/ Raisonnement

On pourrait connaître qu'autrui est, par un raisonnement analogique:

Les mouvements d'autrui sont comme les miens, son apparence est comme la mienne donc il est; comme moi, je suis.

On pourrait également connaître ce qu'est autrui: Il réagit de la même façon aux mêmes choses, d'après les signes qu'il m'envoie et qui sont analogue à mes réactions je vais connaître ce que ressent autrui: Je ris lorsque je suis joyeux, si je vois autrui rire je considérerai qu'il est joyeux. Cependant risque d'erreur:

Les autres ont des perceptions sensorielles différentes des miennes: saveur goût etc. «  Je suis sujet à certaines passions, j'ai de l'amitié ou de l'aversion pour telles ou telles choses, et je juge que les autres me ressemblent, ma conjecture est souvent fausse » Malebranche: De la recherche de la vérité.

Encore plus vrai en ce qui concerne les sentiments:

Critère de l'humanité dans la similitude -> refus de l'humanité aux différents.  

       

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2) Spontanéité:

Au niveau du vécu, la connaissance d'autrui par raisonnement semble contestable: avant tout raisonnement un enfant comprend la signification du sourire de sa mère, cette connaissance ne passe pas par la médiation d'un raisonnement.

Paradoxe de la torture: Dans la torture il y paradoxalement une reconnaissance implicite d'une volonté à briser

La relation à autrui semble donc incontestable, et le solipsisme semble n'être qu'une position artificielle et médiate. Cependant quelle est la nature de cette relation.

 

II LA RELATION A AUTRUI:

       

A)    Le conflit:

 

        1) L'altérité.

- Ce qui apparaît en premier chez l'autre ce n'est pas sa similitude, c'est au contraire sa différence:

Ex: Ce que je vois en premier par exemple chez autrui c'est de quel sexe est l'autre que moi

- Référence à hypothèse état de nature: Nécessité de classer les rencontres en Proies / Prédateurs

- Actualité de l'examen de la dangerosité possible d'autrui:

Ex: 2 jeunes femmes qui se rencontrent se demanderont souvent laquelle est la plus belle, pertinent aussi pour l'homme sous modalités différentes. Cf. nécessité de politesse neutralisation du conflit toujours possible.

«  Il est ce que moi je ne suis pas: Il est le faible alors que moi, je suis le fort, il est le pauvre, il est la veuve et l'orphelin,(...) ou bien il est l'étranger, l'ennemi, le puissant »

E. Lévinas: De l'existence à l'existant

 

2) le regard

Définition à contrario: un regard ce ne sont pas des yeux

- Autrui médiateur entre moi et moi-même

Impossibilité de l'introspection Impossibilité d'être sujet et objet de la connaissance

Autrui sujet nécessaire de mon objectivation donc de la connaissance de moi «  le seul miroir ce sont les autres » Sartre

=> Possibilité de mon esclavage, esclave de l'interprétation d'autrui.

«  S'il existe 1 autre, quel qu'il soit, où qu'il soit, j'ai un dehors, j'ai une nature; ma chute originelle c'est l'existence de l'autre Etre vu me constitue comme un être sans défense pour une liberté qui n'est pas ma liberté.

SARTRE: L'être et le néant. Partie 3. Chap.1er IV.

- démonstration existentielle:

La honte, intériorisation du regard de l'autre sans possibilité de défense. Cf. aussi succès social de la médisance

Confort d'être sujet

Confort de ne pas être objet

- reconnaissance implicite de l'humanité de l'autre

- Eviction du conflit

       

N'implique pas indifférence => ne pas se poser la question

Cependant Autrui n'est pas le médiateur qu'entre moi et moi même il est aussi le médiateur entre moi et l'objet de mon désir

 

3) Autrui médiateur entre mon désir et le monde:

La possibilité qu'aurait autrui de me juger n'est pas la seule qui fonde mon esclavage.

Autrui est le médiateur possible entre moi et mon désir

Le désir de l'autre fait de l'objet un objet désirable (analogie avec magnétisme)

- Méditation interne.

Lorsque différence proche: 2 groupes rivaux dans une classe fonctionnent sur le mode de l'envie jalousie haine.

Jusqu'à présent uniquement considération de la gestion négative du problème d'autrui: mesures de prudence et d'éviction de la menace qu'il représente.

Possibilité de considérer un point positif de la relation à autrui

 

B/ L'intersubjectivité

   

 

1) Positivité possible de la médiation

 

Médiation externe

Annihile l'aspect conflictuel de la médiation:

Ex: Envier la connaissance ou la générosité d'un être peut être revendiqué # envie d'une plus belle voiture => Eviction jalousie et haine

Autrui me constitue donc et constitue également mon monde.

Conséquence: relation conflictuelle avec autrui, et dépossession de soi

 

2) Gain de mon objectité

La reconnaissance de soi comme objet est problématique, elle permet aussi, de façon bénéfique dans certaines conditions, d’avoir un regard sur soi.

 

3) Gain de mon objectivité.

 

- Autrui est celui qui me permet de considérer le monde d'un point de vue objectif.

Sans autrui je n'aurais pas d'autre point de vue que le mien sur le monde, tout ne serait que subjectif.

Il permet donc de construire mon rapport au monde

- Il est aussi celui qui m'apporte une information supplémentaire sur le monde

La communication sur la base d'un conflit primordial aboutit à une impasse: Ou autrui est un objet et je ne peux le reconnaître ou c'est un sujet et c'est alors moi qui deviens un objet; Si l'on veut admettre une communication possible, il faut admettre qu'autrui n'est ni un sujet absolu posé dans le monde, ni un élément neutre de mon champ perceptif.

Autrui est constitutif de ce champ c'est à dire qu'il est ce qui me permet de voir le monde tel que je le vois, autrui ajoute une structure à la perception que j'ai du monde.

Cette structure est celle du possible, avec autrui je perçois non seulement ce que le monde est mais aussi ce qu'il peut être.

Ex: Le fait de voir un visage terrifié me fait peur. Pourquoi ? en lui même un tel visage n'a rien d'effrayant, ce n'est pas en lui même un danger que je devrais craindre.

S'il me fait peur c'est qu'il implique quelque chose de terrifiant dans le monde que je n'ai pas encore vu.

Autrui ajoute donc à ma perception du réel, la dimension du possible.

«  Un visage terrifié ne ressemble pas à la chose terrifiante, il l'implique, un visage effrayé c'est l'expression d'un monde possible effrayant, ou de quelque chose d'effrayant que je n'ai pas encore vu. »

Deleuze Logique du sens p408 409

Pour cela la joie ou la peine d'autrui me sont accessibles: ils réfèrent à un monde possible joyeux ou pénible pour moi. Si cette structure manque, autrui est détruit en tant que possible; l'expression de sa douleur ne renvoie plus à une douleur possible pour moi, autrui est un étranger et je suis insensible à ce qu'il peut ressentir. Cf. le sadisme.

La communication semble alors possible.

 

III/ LA PROXIMITE ET LA DISTANCE DANS LE RAPPORT A L'AUTRE


A) Les égarements possibles de la proximité 


 

=> La connaissance d'autrui est indiscutable, mais pas la connaissance de ce qu'est autrui.

Danger de croire possible le passage de l'un à l'autre:

       

1) Nocivité possible de la sympathie

 

Sympathie ou l'antipathie risquent d'aboutir à erreur d'abord envisagé de reconnaître l'autre uniquement par rapport à soi :

- Seul le semblable serait Autrui, pas le dissemblable

- Possibilité de ne s'en tenir qu'à l'apparence: aspect avenant de l'escroc, repoussant de Socrate

 

2) La pitié, un sentiment problématique

 

La mauvaise conscience implique une intériorisation des instincts. Retourner les instincts contre soi est « une cruauté envers soi ». GM III 20 On est prédateur de soi parce qu’on ne peut l’être des autres. 

Le plaisir de faire plaisir est une autre orientation de la V.P. (et non une générosité) On obéit dans ce cas au même instinct que l’agressivité GM II 18

La pitié implique le plaisir de s’attaquer au plus faible, de ressentir une puissance face au spectacle de la faiblesse ou à son action sur elle .C’est là une stratégie des plus faibles : rendre les forts coupables de leur force GM III 14

- Par ailleurs dans la compassion contagion de la souffrance ou prédation économique ou ontologique déguisée

«  la souffrance elle même devient contagieuse: Dans certains cas on assiste de son fait à une déperdition de vie et d'énergie. »

Nietzsche: l'Antéchrist    inefficacité pratique 

- Cependant: En conséquence la pitié devrait être d’autant plus forte qu’elle s’adresse à un puissant en mauvaise situation. Or Le tyran déchu ne nous inspire pas plus de pitié que l’enfant qui souffre. La pitié viendrait donc davantage, non d’un détournement d’une pulsion vitale fondamentalement agressive mais d’une solidarité vitale. Cf. Rousseau « même les animaux en donnent quelque signe ». La mauvaise conscience n’est nullement un retour contre soi des instincts mais un sentiment d’impuissance face à notre décision de détruire plutôt que d’apporter ou de créer. Là la volonté de puissance plastique se trouve en échec, et c’est cela qui attriste.

Il reste que la pitié demeure un rapport inégal qui ne permet pas une véritable communication.

 

3) Relativité du rapport à l'autre dans la communion

- La vérité du rapport à l'autre n'est pas dans la communion avec le semblable

Communion = participation à une oeuvre commune i.e. être unis par un troisième terme

Ex la camaraderie Toujours rapport à un camarade de quelque chose. Dangereux idéal de fusion qui peut amener à faire perdre la particularité d'autrui dans le nous cf. les camarades d'un parti totalitaire

- Au pire le nous de la communion peut se réaliser dans la foule, qui, dans cette communion se dédouane de la responsabilité. cf Hugo " Le peuple est en haut mais la foule est en bas "

La vérité du rapport à l'autre n'est pas dans le nous de la fusion

 

B) Le respect


 

La vérité d'autrui n'est pas dans le semblable à côté de moi dans autrui en face de moi présent en tant qu'altérité humaine et à distance comme tenu en respect " l'interpersonnel n'est pas la relation en soi indifférente et réciproque de deux termes interchangeables. Autrui, en tant qu'autrui n'est pas seulement qu'un alter ego "

Levinas ibid.

Autrui est donc un autre que moi qui ne pourrait se réduire à de l'assimilable, c'est cette distance d'abord qu'on appelle le respect.

Le respect se distingue de la passion amoureuse qui peut être volonté de fusion sans limite, de l'amour ou de l'amitié également qui sont idéalement un équilibre entre le respect et la proximité.

- C'est ce qui fait que le véritable respect est la prise en compte de la différence de l'autre sur le fond d'une proximité que je reconnais spontanément, prise en compte des fins qui peuvent être les sienne et de ses particularités

« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien en toi même que dans la personne d'autrui, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen.»

Fondements de la métaphysique des moeurs Sect°.2 §49 (p 150)