L'ART

L'ART

 

 

Distinction entre l'art et les beaux-arts:

- Tous deux sont des productions humaines  Cependant l'art ( techné) vise l'utile (regarder une œuvre technique c'est considérer à quoi elle peut être utile)

L'art de l'œuvre d'art ne cherche pas une fin qui lui soit extérieur, mais une valeur: le Beau.

Pose plusieurs problèmes:

- L'art trouve-t-il une beauté qu'il représente ou est-il par lui-même générateur de cette beauté ? Dans la seconde hypothèse qu'est-ce qui lui permet de faire émerger cette beauté ?

- Possibilité d'expliquer l'élection de l'artiste par un contexte de création ?

- Possibilité d'expliquer par une particularité psycho ?

Recours au don ?  Quoi qu'il en soit il reste que l'art est le lieu d'une rencontre , aussi ce qui serait une clé pour comprendre l'art ne serait pas la magie de la création mais l'effet sur le spectateur.

Il se peut cependant également, ce qu'il faudra donc envisager aussi , que la meilleure compréhension de l'art ne se situe ni dans le spectateur , ni dans le créateur, mais dans l'œuvre elle-même.

 

I L’ART IMITATION DE LA NATURE

 

- Possible beauté intrinsèque de la nature: cf. romantiques t surtout Chateaubriand: force des orages, exubérance vitales des êtres vivants etc.

Relativisme total à ce niveau.  La beauté des êtres vivants est variable Les représentants des cannons de la beauté sont purement sociales: donc variables

- Historiquement Cf. l'idéal de Beauté au XVIIIème dans les tableaux de Boucher

- Culturellement: cf. les femmes plateau ou girafe en Afrique.  pour tout le relativisme cf. Voltaire et le crapaud aux gros yeux jaunes.

·         On peut affirmer que la beauté des êtres vivants dépend d'idées et des symboles conventionnels de ces idées.            

·         Une société admirera la douceur et la grâce juvénile, la pureté. Une autre admirera la puissance Cf. L'anecdote à propos de l'apollon du Belvédère refait par Montorsolli au XVème siècle.

Même si l'idée ( la puissance ou la distinction ) sont les mêmes les symboles sont variables: Blancheur, symbole de puissance sociale = beauté au moyen age. Bronzage, symbole de la même chose = beauté actuelle.

 Même chose pour les paysages: Un romantique s'extasiera sur un paysage troublé, Un sage antique sur un paysage serein pour méditer.

Surtout : Une belle œuvre d’art peut avoir pour modèle une réalité laide Cf. La jeune et la vielle de Velasquez ; les mendiants de Corot, les fusillés de Goya etc.

 

Donc dans le cas d'un art imitant la nature, art comme représentation d'une belle chose, aucune théorie esthétique n'est possible.

Cette conception => un rapport entre la perfection de l'imitation et la valeur de l'œuvre qui peut faire dégénérer l'art en une falsification ( cf. les raisins de Zeuxis le musée Grévin)

La conception d'un art imitatif => une condamnation de l'art par une condamnation de l'imitation. " L'art d'imiter est donc bien éloigné de lu vrai de trois degrés et, s'il peut tout exécuter c'est semble-t-il qu'il ne touche qu'un petite partie de chaque chose, et cette partie n'est qu'un fantôme. Platon République X.

Plus grave, dans ce cas l'art n'est qu'une imitation et a donc une valeur inférieure par rapport à ce qu'il imite.  " Quand l'art s'en tient au but formel de la stricte imitation il n e nous donne à la place du réel que la caricature de la vie." Hegel Esthétique p.13 P.U.F

Le principe d'imitation ne permet pas de comprendre l'art, il répond à un but extra artistique: copier. Il exprime donc ce qui dans l'art n'est pas spécifiquement artistique.

- Surtout, il ne s’agit pas en art de reproduire uniquement des choses belles ou agréables, un modèle peut être laid, et l’œuvre belle, cf. Kant : « l’art n’est pas la représentation d’une belle chose mais la belle représentation d’une chose »  cf. le lien sur Goya qui représente les horreurs de la guerre.

Il s'agit alors d'essayer de comprendre l'art non pas par rapport à autre chose que lui-même, mais par le mouvement, le processus qui permet l'émergence du beau, la création artistique.

 

II LA CREATION ARTISTIQUE.

 

A) La réduction psychologique.

 

 Toute création => un créateur, Pos donc de comprendre l'art par un schéma psycho explicatif-> trouver la spécificité psychologique qui, dans l'artiste rend copte de la création artistique.

- Dans un premier temps renvoi possible de cette capacité au mystère: " C'est chose légère que le poète, ailée, sacrée, il n'est pas en état de créer avant d'être inspiré par un Dieu, hors de lui et de n'avoir plus sa raison. " Platon Ion

 

1) Explication quantitative:

Expliquer la création artistique par une spécificité quantitative de l'artiste: L'art est don, création hors de soi, il suppose donc un surcroît de forces vitales demandant à s'exprimer.  " L'homme qui sent en lui un excédent de ces forces qui embellissent, cachent, transforment, finira par chercher à s'alléger de cet excédent par l'oeuvre d'art; dans certaines circonstances c'est tout un peuple qui agira ainsi. " Nietzsche Humain top humain p. 109 Mercure de France.

L'artiste serait alors une heureuse exception. Cependant le principe de la création artistique reste là extérieur, et même mystérieux.

 

2) explication psychologique proprement dite

Freud, passage du principe de plaisir au principe de réalité est douloureusement senti => Dvt de l'imagination pour permettre un substitut à la satisfaction instinctive à laquelle il fallait renoncer dans la vie réelle. cf. Lautrec.

-          L'artiste serait donc un névropathe = un individu donnant une priorité au monde imaginaire sur le monde réel. " Ses créations, les oeuvres d'art, étaient les satisfactions imaginaires de désirs inconscients, tout comme les rêves, avec lesquels elles avaient d'ailleurs en commun d'être des compromis."  Freud Ma vie et la psychanalyse, p.102 Gal.

-          Cf. dépassement par Michel Ange, dans son œuvre, d’une colère non  maîtrisée        

·         Différence du rêve et de la création artistique: le rêve produit des représentations symbolique qui ne signifient quelque chose que pour le rêveur, la création artistique permet de satisfaire aussi les aspirations inconscientes du spectateur.
cf. Hamlet, trouble par le souvenir du complexe d'Œdipe.

·         Autre différence contrairement au névropathe, l’artiste parvient à une maîtrise, il parvient à une cohérence symbolique qui transforme ses difficultés psychologiques en problème artistique, cf. Rimbaud « je ferai les synthèses les plus improbables ». C’est l’explication que Freud donne du jeu de son petit fils dans Au-delà du principe de plaisir : l’enfant mime avec une bobine de fil qu’il lance et ramène, l’absence et le retour de sa mère. Sauf que dans le jeu, c’est lui qui maîtrise. Ainsi l’artiste qui parvient difficilement à maîtriser son univers intérieur, parvient en revanche à créer un ordre dans son œuvre.

·         L'analyse psychologique de l'artiste permet une explication de la création pressent par le passé de l'artiste.

·          

·         Cependant l'artiste est inséré dans un contexte historique et social, son passé personnel permet d'expliquer son oeuvre, mais la société dans laquelle il vit le permet également: Marx Contribution à la critique de l'économie politique.  Ce qui s'exprime dans une oeuvre d'art ce sont les confits de classe.

·         L'art est idéologique Participe à cette illusion qui fait passer les intérêts d'une classe pour les intérêts de la société toute entière. Cf. Virgille L'éneide = besoin de légitimité des Romains, Velasquez représente la noblesse représentée d'un aristocratie, le théâtre classique est chargé de faire passer des valeurs aristocratiques etc.

·         Problème: les disciplines interprétatives ne rendent pas compte de la spécificité du travail de l'artiste, elles le réduisent à autre chose qui n'est pas lui.

·         Objection principale: les disciplines interprétatives, expliquent bien pourquoi quelqu'un crée mais n'explique en rien la valeur de sa création. N'explique pas par exemple la différence entre un grand artiste et un médiocre.  cf. Sartre : " Flaubert était peut-être un intellectuel bourgeois, mais tout intellectuel bourgeois n'est pas Flaubert."

Même chose pour l'explication psychologique.  Critique plus générale: les disciplines interprétatives se prétendent scientifiques alors que leur irréfutabilité même les rend suspectes.  cf. Proust: " Les critiques ayant trouvé une clef cherchent à donner à nos œuvres la forme d'une serrure.

 

B) Spécificité de la création artistique comme production:

 Compréhension non plus psychologique mais conceptuelle, essayer de comprendre ce qui distingue la création artistique de ce qui lui est proche: l'activité reproductrice également appelée art ( cf. les arts et métiers )  

Distinguer les arts mécaniques et les beaux-arts.

·         Ce qui permet à un artisan de produire, à un menuisier de faire un lit par ex.: une règle qu'il applique.

·         La faculté de bien appliquer une règle est l'habileté.

·         L'habileté est la faculté de bien appliquer une règle logiquement antérieure au produit.

·         La faculté de création artistique ne se définit pas comme une habileté: Il n'existe pas de recette du beau, pas de règle à appliquer pour produire une oeuvre d'art.

·         On peut copier une œuvre d'art en retrouvant comment elle a été faite et en reproduisant le processus qui a permis de la produire. On peut ainsi réaliser des exemplaires. Cependant une œuvre d'art ne peut être effectue à partir de règles antérieures, elle donne la règle, elle n'est jamais un exemplaire, elle est exemplaire parce qu'originale. (cf. Kant Critique de la faculté de juger § 46.)

·         Exemple de règles de l'art: Harmonie, équilibre en architecture ou sculpture. Ces règles ne sont pas là avant l'oeuvre pour permettre de produire l'oeuvre, ces règles sont tirées des oeuvres elles mêmes, c'est en regardant les statues qu'on trouve des règles de la statuaire. Un art poétique est toujours postérieur aux oeuvres dont il donne la règle.

·         La création artistique est donc incompréhensible, la comprendre serait la réduire à une production dont on pourrait donner les règles a l'avance, ce serait en faire autre chose qu'une oeuvre d'art.  " Le génie est le talent (don naturel) qui donne ses règles à l'art." Kant ibid.

 

Essai en conséquence de comprendre l'art non plus par ses causes, la création mais par ses effets, par l'effet que peut avoir l'art sur le sujet, le spectateur ou l'auditeur.

 

III LE PLAISIR ESTHETIQUE

 

On ne peut déterminer ce qui fait la beauté d'un objet, le jugement scientifique est déterminant, il détermine l'objet par rapport à des lois ( on détermine qu'un objet se meut en fonction de la loi de la pesanteur). Mais en ce qui concerne la beauté on ne peut la déterminer en fonction de critères objectif, il faut donc que l'on effectue un jugement réfléchissant, que l'on réflechisse sur ce qu'est le jugement subjectif de celui qui trouve une réalité belle.

 

A/ Le plaisir sensuel est intéressé.

·         La satisfaction de l'oeuvre d'art n'est pas la satisfaction d'une tendance biologique ou d'un intérêt.

·         On peut même dire que tout intérêt supprime la qualité artistique de ce qui génère l'intérêt: Un film pornographique n'a pas de valeur esthétique, une publicité qui éveille le désir de manger n'a pas la valeur esthétique d'une nature morte.

·         Def du sentiment esthétique selon la qualité: " le goût est la faculté de juger d'un objet ou d'une représentation par une satisfaction dégagée de tout intérêt. L'objet d'une semblable satisfaction s'appelle beau. Kant C.F.J.p.40

 

 

B/ Opposition du goût à l'agréable:

·         L'agréable est une satisfaction singulière qui se reconnaît comme telle. On peut reconnaître une généralité de l'agréable ( le sucré est généralement plus agréable que l'amer) >On ne peut lui reconnaître une universalité.

·         On reconnaît d'ailleurs la singularité de l'agréable: un homme qui aime les brunes et un qui aime les blondes ne vont pas discuter pour savoir qui a raison ou qui a tort. La locution correcte concernant l'agréable est: cela m'est agréable.

·         En opposition il y a une prétention à l'universalité du jugement esthétique On ne dit pas "une oeuvre est belle pour moi "

·         Jugement de Droit pas jugement de fait Il ne s'agit pas d'une universalité de fait mais d'une universalité de droit.  Une œuvre d'art n'est pas belle parce que «  tout le monde l’aime »  La première exposition impressionniste regroupait Cézanne Monet Degas etc. Les toiles furent considérées comme inintéressante par l’académie et le tout fut vendu pour un prix ridicule ( un Renoir s’achetait 31 francs et un Camille Pissarro 7f )  " est beau ce qui est reconnu sans concept comme l'objet d'une satisfaction nécessaire." Ibid.

Ce qui permet de juger

-       Pas la performance technique:  Une oeuvre techniquement performante peut-être sans intérêt ( cf musique dodécaphonique)

-       Inversement une oeuvre n’ayant demandé que peu de travail peut recouvrir de l’intérêt.

-        Le temps  Une oeuvre d’art «  c’est ce qui a un présent » c’est ce qui est capable de transcender les effets de mode ( cf « les noces de Figaro » )

Cela n’interdit pas un jugement contemporain, cela invite seulement à la prudence.

 

" Est beau ce qui plaît universellement sans concept. "   Le beau n'est pas la seule chose qui plaise universellement: Le Bon aussi est dans ce cas. Dire qu'une chose est bonne pour nous ou en soi, cela vaut pour tous les hommes. Cependant pour savoir si une chose est bonne à une autre il y a une activité de la raison, on se forme le concept du moyen pour une fin par exemple ( la promenade est bonne pour la santé ).

De même pour savoir ce qui est bon en soi, on peut faire une réflexion pour se demander si le principe à la base de l'action est universalisable: " est bon ce qui, au moyen de la raison plaît par simple concept " c'est pourquoi Kant précise que " est beau ce qui plaît universellement sans concept ".( quantité )

 

C/ dernière formule de Kant

" La beauté est la forme de la finalité d'un objet en tant qu'elle y est perçue sans la représentation d'une fin." C.F.J p.67.  L'art a bien une finalité : Dans une symphonie chaque note est finalisée par l'harmonie totale de l'oeuvre. C'est cela qui satisfait l'entendement. cf. Leibniz: " La musique est un exercice d'arithmétique d'un esprit qui ne sait pas qu'il compte." Cependant dans les mathématiques l'harmonie a une fin extérieure à elle même: la connaissance. Au contraire dans l'art l'harmonie a elle-même pour seule fin.

 Le plaisir esthétique est donc spécifique et n'est pas à confondre avec un autre plaisir.

Autre compréhension possible par ce à quoi l'art permet d'accéder.

 

IV CE QUE L’ART REVELE

 

A) Un moment de la conscience

 

L’art peut représenter la première façon qu’aurait la conscience humaine de se représenter et le monde et l’homme lui-même. Inscrite dans le sensible, la conscience n’aurait pas encore les concepts nécessaire pour une représentation adéquate. L’art serait donc un moment d’une compréhension spirituelle que la philosophie achèverait :  « L’œuvre artistique tient ainsi le milieu entre le sensible immédiat et la pensée pure. Ce n’est pas encore de la pensée pure” Hegel, Esthétique.

Exemple du canon Grec : l’Achille doryphore (porteur de lance) de Polyclète. On peut considérer dans la statuaire grecque, une volonté de mesure, une hiérarchie de proportion que l’on retrouvera à la fois dans la conception hiérarchique des trois parties de l’âme chez Platon, à la fois dans la conception de la vertu comme mesure, ligne de crête entre deux abimes chez Aristote.

On peut aussi considérer que l'Auto portrait d’Albert Dürer est une des première représentation de la subjectivité qui deviendra une "évidence" avec Descartes, et le centre de la réflexion de la philosophie occidentale.

Cependant cette conception a peut-être le tort d’inféoder l’art à une compréhension conceptuel.

 

B) Une appréhension non intellectuelle du monde.

On pourrait considérer que l’intelligence a une vision du monde principalement instrumentale et sur ce point, Bergson et Heidegger se rejoignent « nous ne voyons que des étiquettes » dit Bergson dans Le rire, et cette tendance est issue du besoin. Nous avons par ailleurs déjà vu dans le cours sur la technique combien le regard technicien voulait appréhender, l’arraisonner dit Heidegger, c’est-à-dire envisager la façon dont on pouvait s’en servir.
Le regard artistique consisterait en un renoncement à cette intellectualisation ou à cette instrumentalisation. Il s’agirait d’effectuer un travail de renoncement à ses habitudes pour pouvoir voir les choses ( ou les ressentir).

Proust prend un exemple de cette aptitude de l’art dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs : ce n’est qu’en voyant , lors d’une visite d’atelier, le peintre Elstir, peindre l’église de Balbec, qu’il parvient à ressentir une émotion qu’il n’avait pas pu éprouver lors de la visite de cette église, son intelligence le conduisant à trop analyser pour voir véritablement.

De même on s’étonne du choix de certains modèles par les artistes, et Heidegger tente longuement de rendre hommage aux souliers de Van Gogh, qui témoigne d’un intérêt pour une chose triviale dont un non artiste n’aurait pas été capable.

A l'inverse donc du regard technique qui profane les choses (Heidegger dirait les étants) en les réduisant à leur instrumentalisation, le regard artistique révèle l'être, comme les souliers révèle le rapport à la terre du paysan, ou comme le temple grec révèle à la fois, le ciel sur lequel il se découpe et le site sur lequel il est posé : "La beauté est un mode d'éclosion de la vérité" dit Heidegger dans L'origine de l'oeuvre d'art in chemins...

Il reste que cette interprétation demeure suspecte : il y a chez Heidegger une volonté d'éloigner le sujet pour ne retenir que l'être. Son analyse du tableau de Van Gogh est significative à ce titre. Comme le montre le critique d'art Shapiro, les souliers représentent bien davantage ceux du migrant qu'était le peintre que ceux du paysan appartenant à la terre la terre qui "ne ment pas" disait Pétain. On comprend que le paysan soit plus sympathique pour Heidegger que le migrant, mais l'interprétation demeure douteuse, comme le privilège, en art, de l'être sur le sujet, comme le montre le cours de Jaques Darriulat :

 

http://www.jdarriulat.net/Auteurs/Heidegger/HeideggerIndex.html

 

  le discours de Bergson est cependant assez proche, et moins connoté. Il consiste à montrer que la conscience sélectionne principalement ce qui est utile à l'action, que langage accroît ce phénomène. Mais l'artiste est lui, en revanche, capable d'être attentif à l'objet singulier, comme à sa propre intériorité. cf. Texte de Bergson  

 

 

V L'ART ET LE SENS

 

 

Pour ceux qui s'intéressent à l'art contemporain : http://www.artactuel.com/

 

- Art moderne peut se confronter à problème résolus par des critères esthétiques antérieurs : La valeur de l'oeuvre d'un Kandinski qui considérait une analogie entre les couleurs, les formes, et les notes d'une symphonie, peut être considéré avec les références à l'harmonie picturale.

- Art contemporain confronte à un autre problème.

Duchamp: Le Beau est mort. Renoncement à l'idée du beau, comme un succédané de l'idéalisme. Révolution de type anti-idéalisme.
Pblème: Dans le cas où le beau n'est plus une référence, quelle norme peut-on avoir ? Est-il possible de distinguer une qualité des oeuvres ?

Onfray, dans L'archéologie du présent propose de passer du Beau au sens: Il ne s'agirait plus de produire une émotion esthétique, mais de donner du sens.
Permet au moins de supprimer ou d'invalider ce dont on ne peut déterminer la valeur sur le plan sémiologique, ce qui ne fait sens vers rien: Art qui confondrait la valeur esthétique avec la seule nouveauté ou la surprise.


A) invalidation de l'insignifiant

Désaveu de la simple théatralisation de la névrose:

Un des aspects de l'art contemporain consiste à confondre l'art avec la simple catharsis, sans mise en forme.
Art = exutoire psychanalytique, OK, mais tout exutoire psychanalytique est-il pour autant de l'art ?
- Transgression névrotique:

Correspond à un choc, mais ne fait sens que pour celui qui opère cette transgression.

L'activisme Viennois, avec Otto Muehl ou Herman Nitch par exemple, met en scène des transgression sexuelles ( zoophiles etc.)

Zhu Yu diffuse un repas à base de foetus. Aucun sens à part celui de vouloir choquer.

Damien Hirst photographie les morgues. Idem.

- Autisme.

De même la présentation de soi à des fins cathartique peut peut-être présenter un intérêt pour celui qui l'émet mais le sens s'abîme pour le spectateur:

Michel Gerson, par exemple diffuse sa femme avec un nounours. Pas plus d'intérêt qu'un film de vacances, ou qu'une photo de famille. Le seul sens est la prétention d'un individu à ériger sa vie en oeuvre d'art, pour se faire il ne suffit pas de la présenter comme telle.
Patrick Sorin, dans une "oeuvre" vidéo, financée par la Fondation Cartier , film son postérieur et le diffuse sur le net. Intérêt ?
Refus du kitch ou du culte de l'objet

Un art contemporain ne peut que considérer des problèmes contemporains: L'accumulation d'objets mis en scène dans un cadre artistique pouvait avoir un sens pendant une période où le culte de l'objet de consommation existait. Il n'en a plus après les 30 glorieuses, un filon épuisé ne se renouvelle pas
Par exemple lorsque Joel Hubaut accumule des objets roses cochon la pin casque etc. il reproduit les assemplage 68ards mais sans aucun intérêt nouveau.
De même des artistes qui conjuguent des compression à la manière de César ne font que reproduire une critique datée.

Refus du discours primant sur l'oeuvre.

La tendance de l'art contemporain consiste également à remplacer la richesse signifiante de l'oeuvre par un discours, ou des références implicites qui ne peuvent se passer d'un discours pour signifier quelque chose. cf. Onfray: " la tenue et la teneur d'une oeuvre résident dans la somme d'échanges qu'elle suscite a priori, sans mode d'emploi, sans décodage spécifique" ibidp. 104.

Une éducation est nécessaire pour aborder ces oeuvres, mais elle doit aussi être suffisante. Si une oeuvre demande un discours, alors elle est superflue.


B) La recherche authentique du sens

Une recherche déroutante peut au contraire se révéler riche de sens. La distinction pourrait être faite avec un art uniquement choquant ou transgressif.

Impossible de citer toutes les tentatives, mais possibilité de considérer des tentatives signifiantes, même lorsqu'elles peuvente choquer.

La réconciliation avec le corps

La plastination de Van Hagens par exemple présente des corps morts mais épurés de leur morbidité, figés dans l'intemporalité plastique.
Il ne s'agit pas d'une fascination morbide ou baroque sur la mort, comme Damien Hirst ou Grünewald (cf hosanna de la gangrène) le projet n'est pas baroque, il est plutôt épicurien dans la mesure où il réconcilie l'homme avec son corps mortel en faisant disparaître la signification corruptrice liée à la mort. Le message est que la mort existe dans la vie, qu'elle n'en est pas nécessairement la négation et que l'on peut rompre avec la fascination morbide et déprimante.

Le transformisme du corps.
Orlan filme les opérations par lesquelles elle s'implante des éléments artificiels. Elle amène à penser la possibilité d'une rencontre entre le corps et les éléments technique, à désacraliser le corps, amener une réflexion sur la possibilité d'inventer un corps, d'en être le démiurge. Amener aussi une réflexion sur la création d'une identité.

L'ironie signifiante

Consiste à effectuer des oeuvres qui par leur charge ironique renoue avec la tradition cynique. Cf. Diogène critiquant le nominalisme Platonicien en promenant un coq déplumé dans Athènes. Modalité multiple de cette ironie

Ironie scientiste Panamarenko . Effectue un discours de physicien, un travail d'ingénieur, une réalisation ouvrière pour construire des machines qui ne marchent pas.

Ironie irreligieuse: Maurizio Catelan, un pape écrasé par une météorite.

Ironie signifiante pratique ce que l'on peut appeler un art oxymorique parce qu'il interroge en faisant lui aussi "les synthèses les plus improbables" mais pas dans le seul but de choquer, pour parvenir à décentrer l'individu de ses habitudes ou à désacraliser: Wim Delvoye Website of Belgian artist Wim Delvoye par exemple tatoue des cochons pour décentrer l'humain par rapport à l'animal vieux procédé La Fontaine mais ici réactualisé dans une ridiculisation du piercing. Le même effectue des représentation érotiques en vitrail pour montrer ce qu'il reste encore de sacralisation implicite. En associant ce qui normalement se repousse il crée une surprise susceptible de déboucher sur une réflexion.

Conclusion

L’art est donc bien une création, pas une imitation. On peut tenter de comprendre le processus de création par une exploration psychologique du créateur, avec les limites que comporte cette méthode, mais l’analyse sociologique semble encore plus réductrice. En revanche on peut saisir une vérité artistique en comparant l’art à l’artisanat : la création est l’invention de nouvelle règles, elle n’est pas l’application d’anciennes. C’est d’ailleurs ce qui fait la difficulté d’un jugement esthétique.
Pour considérer ce jugement on pourrait étudier le plaisir que l’art génère. On sait qu’il s’agit d’un plaisir désintéressé, et que, pour pouvoir juger, il faudrait que ce jugement ait, en droit, une valeur universelle. Cette valeur est cependant particulièrement difficile à considérer : la philosophie peut essayer de comprendre l’art comme une prémisse de la pensée, mais beaucoup d’œuvres apparaissent comme une appréhension du réel qui ne se laisse pas réduire à une démarche intellectuelle. Le jugement concernant le beau, c’est justement une des approches que l’art contemporain va remettre en question, jusqu’à interroger le beau lui-même. Les démarches esthétiques contemporaines s’ouvrent alors sur d’autres perspectives comme la détermination plastique d’un sens.